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28/08/2015

Salon « Révélations » – Grand Palais, Paris (FR) – 10-13 Sept. 2015

Salon REVELATIONS

salon REVELATIONS 2015 - Paris

2015 met à l’honneur la Corée du Sud à la veille du lancement des années croisées France-Corée et présentera ainsi les pièces de plus de 22 créateurs. La nouveauté de cette deuxième édition réside notamment dans la mise en scène du Banquet, l’exposition centrale, sous forme d’îlots réunissant les créations de pays ou groupes de pays présentant une unité de style. Résolument tournée vers l’international, la biennale se positionne comme un précurseur dans l’exploration de régions du monde dont la création est peu montrée en France.
Les 22 artistes présentés :
Bomi Park; Chunbok Lee; Heeseung Koh; Hyewook Huh; Hyunju Kim; Jaehyo Lee; Jimin Kim; Jinhee Kwon; Joohyung Park; Jucheol Yun; June Lee; Junggyu Yi; Junghong Park; Kanghyo Lee; Kyounghwa Jun; Kyoungtaek Roh; Myungsun Kim; Sejin Bae; Woorim Kang; Yeonhee Ryu; Youngkuwan Jung; Yunhee Lee.
Parmi eux, Heesung Koh, créatrice de bijoux contemporains, garde au fond de son inspiration des réminiscences bien coréennes. Mais la tradition ne prend pas le pas, dans son travail, sur une esthétique voulue résolument contemporaine. Formes souples et organiques, ou parfois strictement géométriques, mélange de rigueur et de rondeur, alliance de matériaux : bois peint, métaux précieux et pierres fines, gamme colorée réduite à l’argent, l’or, le rouge et le bleu composent des collections à la fois précises et tendres.

Heesung Koh - salon REVELATIONS 2015Heesung Koh

 

L’exposition Le Banquet

Point d’orgue du salon Révélations, l’exposition Le Banquet invite à une promenade muséale parmi les pièces les plus spectaculaires des métiers d’art contemporains à travers le monde entier.

Épine dorsale de Révélations, Le Banquet se déploie au centre de la nef du Grand Palais. La scénographie, toujours signée Studio Gardère, poursuit les mêmes objectifs que lors de la première édition mais le scénographe propose une nouvelle installation, d’inspiration géographique. L’avenue originelle se fait rivière ou bras de mer et les longues tables d’exposition sont remplacées par une dizaine d’archipels composés de plusieurs îlots, dédiés chacun à un pays, une région du monde, un continent.

 

Les portraits d’exposants

Une deuxième édition profondément renouvelée avec l’arrivée de galeries d’art, de jeunes talents et de créateurs d’exception.

Parmi eux, (ici, focus permanent sur le BIJOU !!)

Claire Wolfstirn
Designer industriel et graphiste, Claire Wolfstirn s’est tournée vers le bijou par goût du contact intimement physique avec la matière et du rapport corps/objet. Inspirée par la cohérence et la puissance des formes géométriques et de la nature, elle présente des pièces sobres et raffinées et repousse les limites de la fragilité et de la délicatesse.

Claire WolfstirnClaire Wolfstirn

Elie Hirsch
Diplômé des Métiers d’Arts en Design Céramique et Sculpture sur Métal, Elie Hirsch est lauréat de plusieurs concours. D’abord sculpteur, il s’attèle aux grands formats puis au plus petits en créant une collection de bijoux pour Henri Selmer, fabricant de saxophones et de clarinettes. Il expose ses sculptures à Maison&Objet, au SOFA à New-York, avec la Saatchi Gallery de Londres au salon Collect et participe à différentes expositions comme celle d’AD Collection plus récemment.

 Elie Hirsch - bijoux-sculpturesElie Hirsch – bijoux-sculptures

 

LA JEUNE CRÉATION MÉTIERS D’ART AU GRAND PALAIS

Le Prix de la Jeune Création Métiers d’Art offre une visibilité exceptionnelle à l’avant-garde des métiers d’art en récompensant six artisans d’art de moins de 35 ans, choisis pour leur capacité d’innovation, leur sens esthétique et la maîtrise de leur savoir-faire. Le prix consiste à offrir la possibilité aux lauréats d’exposer leurs oeuvres dans un cadre prestigieux adapté à leur marché de prédilection : le Salon International du Patrimoine Culturel, Maison&Objet et… Révélations.

Parmi les six lauréats de cette année, trois ont été distingués dans la catégorie « pièce unique » et auront le privilège de dévoiler leurs créations auprès du public sous la nef du Grand Palais : Sébastien Carré, créateur de bijoux, Kaori Kurihara, céramiste, et Xavier Noël, doreur.

Sébastien Carré
Diplômé d’Arts Plastiques à l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg, section bijou, Sébastien Carré est atteint de la maladie de Crohn. Il a alors décidé d’exprimer ses émotions dans une série de bijoux contemporains, à la manière des ex-voto. Chaque bijou représente une traduction intime de ses émotions.

Sébastien Carré Sébastien Carré
Diplômé d’Arts Plastiques à l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg, section bijou,Sébastien Carré est atteint de la maladie de Crohn. Il a alors décidé d’exprimer ses émotions dans une série de bijoux contemporains, à la manière des ex-voto. Chaque bijou représente unetraduction intime de ses émotions.

Kaori Kurihara
D’origine japonaise, Kaori Kurihara étudie d’abord le dessin et les Beaux-arts au lycée Kohnan d’Osaka, au Japon. Elle explore ensuite les techniques de la céramique à Kyoto, avant de se former à la bijouterie en France. Se défi nissant à la fois comme céramiste et créatrice de bijoux, elle mêle dans son art des techniques empruntées aux deux univers. Elle allie le réel et l’imaginaire et s’inspire de formes naturelles pour créer des fruits tels qu’elle aimerait les voir exister.

Kaori Kurihara - céramiste bijoutière  - Salon REVELATIONS 2015Kaori Kurihara -   céramiste bijoutière

 

Sébastien Carré : J’ai le grand plaisir de vous annoncer que je suis l’un des Lauréats du Prix de la Jeune Création 2015 des Ateliers d’Art de France – je serai donc exposé lors du salon Révélations  Grand Palais de Septembre 2015: http://www.revelations-grandpalais.com/fr/ -  /// I am really proud to announce you that I am one of the Winners of the Prize for Young Creation 2015 by Ateliers d’Art de France – I will be exhibited at the Revelations fair in Paris, Grand Palais (Sept. 2015)

Sébastien Carré -  Pour voir le dossier de presse du Prix de la Jeune Création Métiers d'Art et découvrir le travail des autres lauréats : http://pdf.lu/NqSB/Sébastien Carré -   Prix de la Jeune Création Métiers d’Art et découvrir le travail des autres lauréats

 Parmi les LES GALERIES D’ART :

La Galerie Elsa Vanier
Depuis son ouverture en 2003, la Galerie Elsa Vanier expose des pièces de joaillerie contemporaine, aux styles très différenciés, réalisées par des créateurs du monde entier reconnus ou à découvrir. Elle a pour mission de promouvoir la dimension culturelle de bijoux réalisés par des créateurs qui ont choisi des matières rares, précieuses ou fascinantes comme mode d’expression. En parallèle d’un groupe d’artistes exposés en permanence, elle accueille des créateurs pour des expositions temporaires.
À Révélations, la galerie réunira les univers très diversifiés de trois artistes :  Agathe Saint Girons, Claire Wolfstirn et Martin Spreng.

  Agathe St Girons au Salon REVELATIONS 2015Agathe St Girons

UNE NOUVELLE ACTION DE MÉCÉNAT VIA LA FONDATION ATELIERS D’ART DE FRANCE

Pour sa deuxième édition, Révélations s’entoure de multiples partenaires, notamment des mécènes tels que des fondations qui soutiennent le secteur des métiers d’art à travers des programmes de prix ou de bourses. Les stands parrainés offrent ainsi la possibilité à des créateurs d’accéder à de nouveaux marchés.
La Fondation d’entreprise Banque Populaire, créée en 1992 et engagée notamment dans les métiers d’art, présentera sur son stand cinq de ses lauréats. Deux fois par an depuis 2013, elle sélectionne des projets d’artisans d’art talentueux de moins de 40 ans et leur accorde une bourse d’accompagnement pour réaliser leur projet.
C’est à Révélations que les pièces de la plumassière Janaïna Milheiro (lauréate 2014), l’artiste verrier Mathilde Caylou (lauréate 2013), le trio de créateurs de luminaires Mydriaz (lauréats 2013), les créatrices de bijoux Anaïs Rheiner (lauréate 2013) et Marion Delarue (lauréate 2013) seront exposées sur un stand commun.

Salon RevelationsJanaïna Milheiro © Magali Berthon / Mydriaz Paris © Photoproevent / Anais Rheiner © Olivier Braive / Charlotte Kaufmann © Benjamin Girard / Mathilde Caylou © DR / Marion Delarue © DR / Zoë Montagu © DR

HEAR (Strasbourg FR)     - Marion Delarue "Cracheh"HEAR (Strasbourg FR) / Marion Delarue « Cracheh 1″ Collier-minerve, laque coréenne, chambre à air, or 24 carats, 2011

 

CONFERENCES :

Vendredi 11 septembre - 15h15 à 16h15 – Drouot Formation

La place des métiers d’art sur le marché de l’art

Drouot Formation conviera un représentant d’une maison de vente et un expert en arts décoratifs pour évoquer la place des métiers d’art sur le marché de l’art, l’évolution de l’image de ces métiers sur ce marché, leur potentiel et les perspectives de développement.

Avec, entre autres, Valentine Herrenschmidt, Florence Croisier, Claire Wolfstirn, Bénédikt Aïchelé, l’Ecole HEAD Genève, Yannick Mur …..
FLORENCE CROISIER - REVELATIONS 2015YM - List of exhibitors 2015 | Révélations -  www.yannickmur.fr
Florence CROISIER  -   Yannick MUR
 
 
Grand Palais
Avenue Winston Churchill
75008 Paris

 

 

 

09/11/2013

Salon ETINCELLE(S) – Salons de l’Hotel de Ville, Nancy (FR) -9-10 nov 2013

Classé dans : France (FR),Pole Bijou BACCARAT,Salon — bijoucontemporain @ 21:43
Salon ETINCELLE(S) – Excellence Joaillière et bijoux contemporains
Etincelle(s) 2013 | 9-10 nov 2013 - Nancy (France)
Pour la première fois dans un lieu prestigieux que sont les grands salons de l’Hôtel de Ville Place Stanislas, venez rencontrer le travail de joailliers, orfèvres et bijoutiers créateurs contemporains venus d’Allemagne et de France.
La Ville jumelée de Nancy, Karlsruhe, compte de nombreux joailliers, Nancy, terre métiers d’Art accueille nos homologues allemands avec cette idée de partage de savoirs faire auprès du grand public.
Or, argent, platine et pierres précieuses, c’est toute cette magie qui nous sera offerte le temps d’un week end dans une ambiance d’écrin la veille des fêtes de fin d’année.Liste des exposants :
Elisabeth Müller-Quade / Grotzingen- Allemagne
Susanne Högner / Karlsruhe – Allemagne
Paul Kröning / Karlsbad – Allemagne
Rose Schrade / Weil der Stadt – Allemagne
Michaela Wiecek / Karlsruhe – Allemagne
Gabriele Heinz / Karlsruhe – Allemagne
Susanne Goldbach / Karlsruhe – Allemagne
Lucienne Adolf / Glux-en-Glenne – France (58)
Iseult Brisson / Clermont Ferrand – France (63)
Diane Peters / Strasbourg – France (67)
Sophie Vigier et Benjamin Métivier « Seconde Nature » / St Amand – France (18)
Tania Moscicki / Besançon – France (25)
Geneviève Cailleteau / Besançon – France (25)
Nadine Saguez / Belfort – France (90)
Kathrin Krueckemeier / Sornéville – France (54)
Audrey Flahaut / Nancy – France (54)
Alexandre Radenkovik/Nancy – France (54)
Aurore Zanardo / Blainville-sur-l’eau – France (54)
Philine-Johana Kempf / Rastatt – Allemagne
Pôle Bijou / Baccarat – France (54)

grands salons de l’Hôtel de Ville
Place Stanislas
Hotel de Ville
54000 NANCY
ENTRÉE LIBRE

17/11/2011

« De l’organe à l’ornement » – Monique Manoha – Colloque

Actes du colloque international Projections : des organes hors du corps (13-14 octobre 2006)

Si mon attention fut immédiatement retenue par l’appel à communication «Projections : des organes hors du corps», c’est que dix années de pratiques dans le champ du bijou et de l’objet d’ornement m’ont régulièrement confrontée à des «organesornements», et ce, qu’il s’agisse d’objets anciens ou de créations d’artistes contemporains. Or ces diverses productions ne manquent pas de soulever de multiples questions. Quels sont les organes ainsi utilisés ou représentés et pourquoi ? Quelles sont les modalités de leurs représentations ? Pour servir quels propos ou quels intentions ? Qu’ont-ils à nous apprendre du rapport à l’ornementation et au corps ? Nous nous intéressons dans un premier temps à ce que l’histoire nous offre comme exemples d’objets et, par-là même comme pistes de réflexions et d’analyses.

C’est depuis des temps forts anciens que l’homme joue de la représentation d’organes pour ses bijoux, au nombre desquels les plus utilisés sont incontestablement les organes sexuels externes, les mains et les yeux. Ainsi, les nombreux bijoux ornés d’un phallus –symbole et image de l’énergie vitale et créative liés à un organe procréateur– sont connus pour offrir prospérité et protection. Si, à Rome, ils ornent tout particulièrement des bagues d’enfants des deux sexes, ils vont au fil des périodes et des régions trouver également des déclinaisons en pendentifs de tailles et matériaux variés (os, ivoire, céramique, métaux…). Et aujourd’hui encore, le port du fica, représentant un poing refermé sur un pouce tendu entre index et majeur, et dont l’usage remonterait à la période étrusque, est courant. Ici, le principe actif est le leurre. En effet, l’obscénité flagrante du geste ainsi mis en image a pour objet d’attirer l’attention des mauvais esprits, et de détourner leur intérêt du porteur, potentielle victime de leurs agissements. Bien entendu, les organes sexuels masculins ne sont pas les seuls représentés, et il nous est aussi possible de citer l’usage du cauri –petit coquillage qui sur sa face dorsale illustre le sexe féminin– ou encore celui du triangle dans les ornements touaregs –expression stylisée du triangle pubien– comme des figures de base d’un monde de fécondité. La main bénéficie également de multiples représentations dans l’ornement, parmi lesquelles l’exemple que nous connaissons tous sous l’intitulé de «Main de Fatma», usité dans le Maghreb et les pays musulmans. Cette amulette fixe le geste d’une maindont la posture illustre clairement qu’elle repousse, fait barrière, voire impose la limite, et est généralement associée à diverses sourates du Coran –dont celle de l’Aube Naissante :

Je cherche refuge auprès du seigneur de l’aube naissante contre le mal de la nuit obscure quand elle vient sur nous, et contre le mal de celles qui soufflent sur les noeuds etcontre le mal de l’envieux qui porte l’envie.1
En Amérique latine par contre les amulettes en forme de mains –connues depuis 4000 ans et encore largement usitées– s’attachent à une autre fonction de l’organe. Ici, la main qui qui semble avoir un rôle à jouer est celle qui manipule, travaille, permet commerce et échanges. Selon ce qui en agrémente la paume, l’amulette aura des effets variables, appelant les bienfaits –fortune, santé, prospérité…– pour qu’ils «remplissent les mains de son porteur», ou au contraire projetant les soucis vers la main de quelqu’un d’autre 2.

Khamsas, Tunisia: Mains de Fatma – Tunisie – Argent filigrané

L’oeil lui, qu’il s’agisse d’un «oeil d’Horus» –usité depuis l’Egypte Antique– ou d’une pendeloque en perle de verre bleu –à la manière de celles distribuées en Turquie ou dans divers pays méditerranéens– confronte le mauvais oeil, craint par-dessus tout, en lui opposant un oeil puissant. Ici, moins qu’à une représentation de l’oeil du porteur,«l’oeil-ornement» est un emprunt à une toute puissance extérieure. La conception, tant du mauvais oeil que de l’oeil protecteur, se fonde sur une représentation ancienne du fonctionnement de l’organe très différente de sa réalité physique telle qu’elle est aujourd’hui connue. En effet, toute cette construction se base sur l’idée que l’oeil n’est pas un récepteur d’informations et de lumières mais un émetteur de rayons, d’influx. Ces derniers sont source de crainte, puisqu’ils peuvent blesser et atteindre, mais portent également la possible parade, le mauvais rayon pouvant être réduit à néant par un rayon positif… L’usage des morceaux de miroirs dans le vêtement ou la parure ne fait que poursuivre cette même idée : le mauvais oeil se confrontant à son propre reflet s’autodétruit ou tombe en admiration… mais dans tous les cas perd son pouvoir sur autrui. Nous pouvons donc considérer que la fonction première de ces «organesornements» est celle de l’amulette, du charme ou encore du talisman, protégeant, apportant chance, santé et prospérité ou offrant des pouvoirs magiques3 à ses porteurs. Ces divers objets se saisissent des fonctions de l’organe représenté pour les fixer avant de les ramener sur le corps du porteur, leur délégant un rôle actif permanent.
Néanmoins, l’usage de «l’organe-ornement» ne se cantonne pas à ce besoin de protection ou à cette recherche de mieux-être. En effet, nous pouvons également noter que l’organe est très souvent utilisé comme composant d’un vocabulaire symbolique destiné à conserver un message. Deux mains entrelacées sur une bague gardent vivace la force d’une amitié malgré la séparation –au-delà de la mort même, ce qui explique la présence de cette même iconographie sur certaines pierres tombales. Deux petits coeurs accolés signent les accordailles et disent les coeurs blottis l’un près de l’autre pour prendre soin d’un même amour. Deux mains enserrant un coeur notifient un amour confié. Une bague portant un coeur et un L gravé disent à quel point «mon coeur est à elle», etc. Cet usage est encore aujourd’hui très fort, et décliné dans de multiples objets de la grande distribution, dont un des exemples peut être un coeur coupé en trois morceaux dont chacun est un pendentif, et portant l’inscription «Best Friend» qui peut ainsi servir d’expression sentimentale à un groupe d’amies. Ici, symbolismes, représentations et interprétations révèlent les fonctions affectives et sentimentales attribuées à la gestuelle de l’organe, disant combien le corps est objet de constructions. Dans l’histoire donc, les exemples ne manquent point –bijoux de riches ou de pauvres, de matières nobles ou non –et nous pourrions ainsi poursuivre l’inventaire à l’infini ou presque, puiser dans des cultures multiples, y rechercher ces «organesornements» et les raisons d’être de leurs conceptions et usages ; mais l’intérêt du propos n’est sans doute pas là. Partant de ce succinct état des lieux de la tradition de cette pratique, intéressons-nous maintenant aux travaux de quelques artistes du Bijou Contemporain, qui apportent de nouvelles tonalités à l’usage de l’organe dans l’ornement.

En premier lieu, il semble nécessaire de définir ce que nous nommons Bijou Contemporain. Ce mouvement, né après la seconde guerre mondiale mais en germe depuis le début du XXe siècle, regroupe des artistes qui, bien que maîtrisant un certain nombre de techniques artisanales propres au domaine de la bijouterie et de l’orfèvrerie, placent leurs recherches loin des seules préoccupations formelles de l’orfèvrerie et de l’artisanat d’art. Ils interrogent l’objet même de leurs recherches, à savoir le bijou, tout en élaborant un «parler du corps» ou même un «parler au corps», offrant à ce dernier des parures pour ce qu’il est ou est susceptible d’être, pour ce que les perspectives et interrogations contemporaines en ont dessiné ou redessiné. Ne reniant rien de l’histoire et de la tradition de leur «métier», ils en jouent et les réécrivent dans ce qu’ils perçoivent comme réalité actuelle. Mal connu en France, bien qu’il y possède quelques brillants représentants, ce mouvement est très fort dans d’autres pays européens, tels les Pays-Bas, la Belgique, l’Allemagne, et maintenant les pays méditerranéens (Portugal, Italie, Espagne…) et les pays de l’Est (Estonie, Tchéquie…) qui possèdent de nombreuses écoles, événements, galeries spécialisées et outils critiques. Comme on le voit, c’est bien de propositions d’artistes dont il va être question à présent, artistes créant des bijoux dont l’usage est certes moins généralisé que les objets historiques présentés plus haut, mais dont on peut estimer qu’ils sont à l’avant-garde des évolutions d’une pratique.

Nous entamerons ce parcours par les travaux de la bijoutière Inni Parnanen, hollandaise d’origine finnoise, qui a produit en 2002-2003 une série de pièces dénommée Extraorganes – que nous pourrions traduire par Organes externes, véritable ode à la peau, magnifique interface entre dedans et dehors, entre soi et le monde : peau tout à la fois espace et actrice de la médiation sensorielle. Ces pièces, montées comme des broches ou des pendentifs, sont réalisées en parchemin –peau de porc tannée. Le parchemin, translucide et laissant nettement apparaître les veinules de la peau, permet de dessiner de petites structures sphériques ou ovalisées, comme de petites poches,
unies les unes aux autres par un fil de soie. L’artiste présente ce travail par ce texte :

« L’organe est une partie d’un être humain, d’un animal ou d’une plante remplissant une fonction déterminée, la peau est organe. La peau est aussi le premier ornement de l’homme.
De la peau vient le parchemin. Le bijou est un accessoire, à l’origine un symbole de victoire devenant ornementation de la peau. Parallèlement aujourd’hui la chirurgie plastique remanie le corps, sa forme, sa beauté. Le fil de soie reliant les différentes parties des extra-organes parcourt la peau : par la peau, sur la peau, sous la peau et dans la peau
« .

Bien sûr confrontés aux recherches et écrits de Didier Anzieu4 ou encore François Dagognet5, nous voici en proie à de multiples pistes de réflexions, dont nous n’avons malheureusement pas le temps d’explorer tous les possibles. La peau, ornement premier, premier lieu de l’ornement, dit bien que notre condition même d’humain ne sait échapper à cette réalité qui l’entoure, le limite, et réduit son échange avec autrui au mieux au contact d’une peau sur une autre, et aux sensations que ces deux peaux perçoivent et émettent. Mais les pièces de Inni Parnanen, par le fil qui en relie tous les éléments «par, sur, dans et sous» la peau nous invitent également, et clairement, à penser notre rapport contemporain à la chirurgie plastique ou reconstructrice, rapport dont quelques débats publics récents ont su nous rappeler combien il n’avait rien d’anodin… Et cette référence n’est-elle pas renforcée du fait que, plus que toute autre, c’est la peau de porc qu’elle a choisi de travailler ? Devons-nous considérer comme un pur hasard que cet animal soit, par ailleurs, au coeur des recherches et des enjeux sur les xénogreffes pour sa grande proximité corporelle avec l’humain ?

Inni Pärnänen, "Extra Organs" neckpieces, 2003. Parchment, silk thread, mother of pearl. Reproduced from http://www.inni.fi/gallery: Inni Parnanen – Extraorgan – Collier peau de porc parcheminée et fil de soie – 2002 – Tous droits réservés.

Cette mise en question du corps dans les bijoux d’Inni Parnanen existe également dans une série de pièces plus récente : « La belle au bois dormant« . Conçue en 2004, après la naissance de sa fille, il s’agit d’une série d’anneaux sur lesquels sont accrochés en pendeloques des sexes-corolles féminins, sculptés dans de fines plaques d’argent fin, et colorés dans des tons nacrés évoquant coquillages et perles. Il s’agit pour elle de jouer tout à la fois des usages de la bague dont elle rappelle que «de tous temps, embrasser une bague fut signe de soumission et respect», mais aussi du baise-main, «signe d’estime et de tendresse respectueuse», pour mettre en valeur sa certitude de «l’importance de chérir et respecter la féminité». Et jouant d’une proximité formelle entre sexe féminin et coquillage, ne s’inscrit-elle pas dans une tradition de la représentation et du symbole où érotisme et fécondité s’entrecroisent, et qu’en leurs temps des artistes tels Le Titien ou Botticelli ont bien illustré dans leurs Naissance de Vénus ? Ne pouvons-nous lire dans le rapprochement qu’elle propose, le temps d’un baiser, entre bouche et sexe, une allusion évidente à la sexualité ? Son traitement des matières, des couleurs, la fragilité visuelle de ses pièces contraignant porteurs et spectateurs à l’attention ne soulignent-ils pas sa volonté de respect et de tendresse, le geste du porteur ou de celui qui le touche, déchargés de ces notions pouvant endommager la bague ?

Inni Parnanen La Belle au Bois Dormant – pendant Argent fin: Inni Parnanen La Belle au Bois Dormant – pendant Argent fin – 2004 Tous droits réservés.

Traduire en objets des questions de sexualité est également au coeur de la démarche de la Strasbourgeoise Cathy (Catherine) Abrial. Elle conçoit ses Bagues Poilues comme une illustration du rapport entre sexualité et relations sociales et affectives. Chacune de ses bagues est associée à une petite annonce découpée dans les rubriques Rencontres de diverses publications. Ces annonces peuvent venir d’hommes ou de femmes, et sont de caractère aussi explicite que «Femme, 48 ans, physique agréable, délaissée, désire faire connaissance avec monsieur 50/60 ans, bon niveau, de préférence marié, gentil,compréhensif, pour partager moments agréables» ou énonçant un désir plus large «Dame libre, caractère et physique agréable, désire rencontrer monsieur veuf ou divorcé, 50-60ans, pour sorties, voyages et plus si affinités». Elle conclut et résume son travail d’une manière qu’elle veut tout à la fois tendre et cynique : «Au fond tout se ramène toujours à enfiler une bague poilue». Et nous voici, nous spectateurs, renvoyés à ce que nous décrit Jacques Ruffié des stratégies élaborées par le vivant pour se transmettre, se reproduire, se poursuivre… au nombre desquelles la culture, et bien évidemment la culture amoureuse6.

http://abrial.catherine.free.fr/images/photos/innommable_poilues.jpg
Cathy Abrial– Bagues poilues – Maillechort, laine et extraits de presse – 2003 – Tous droits réservés

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un organe, un autre élément corporel, le cheveu, appartient par  excellence au rapport aimant et charnel. Les traditions poétiques le savent bien et l’ont assez chanté. Puisant dans la tradition des bijoux en cheveux, matériau depuis longtemps collecté dans des foires et marchés ou dans l’intimité des familles pour devenir parure, Ana Goalabré se joue de cet usage en coupant une de ses mèches et en y taillant une bague qu’elle envoie à un homme accompagnée de la missive «J’aimerais tant passer mes doigts dans tes cheveux». Cette phrase, appel érotique d’un corps d’artiste, devient le titre d’une série déclinant divers contenus aimants et sensuels, traditionnellement gardés jusqu’alors implicites au nom d’une morale et d’une bienséance rigoureuse et qui tout à coup semblent avoir gagné le droit de dire clairement le désir, qu’il s’agisse de celui d’une mère, d’un père, d’une amante, d’un amant… et ce dans toute sa trivialité. Pourtant, il n’y a aucune charge obscène dans ces bagues. Qu’elles soient très travaillées ou reprennent le mouvement naturel d’une mèche de cheveux, elles nous renvoient à nos jeux tactiles dans les cheveux de l’autre, en fixant le mouvement, image arrêtée puis détachée du corps pour n’en garder que la sensation.

Ana Goalabré - bagues 'j'aimerais tant passer mes doigts dans tes cheveux' 1997
Ana Goalabré – J’aimerais tant passer mes doigts dans tes cheveux – Cheveux et résine – 1997  tous droits réservés.

Explorer cette trivialité du corps est à la base du travail de Sophie Hanagarth, artiste d’origine suisse, aujourd’hui responsable d’enseignement «Parure du corps» à l’Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg. Elle a lié ses premières recherches à la phrase d’Antonin Artaud, «Là ou ça sent la merde ça sent l’être». Créant les immenses parures sautoirs Excréments, il est bien évident qu’elle provoque ses spectateurs. En effet, elle s’applique à faire accéder au titre d’ornement des productions du corps habituellement cachées, souvent perçues comme honteuses ou difficiles à assumer. Nous voici alors projetés face à la question du choix, du tri, de l’établissement des échelles de valeurs à partir desquelles va s’établir le jugement sur ce qui est digne d’être montré et ce qui doit rester une affaire de l’ombre, de l’intimité silencieuse et discrète.

Sophie Hanagarth - Médailles merdeuses, broche, cuir, fer-blanc, 2001-  -Shitty medals, brooch, leather, tin can, 2001-  http://sophie.hanagarth.free.fr/files/gimgs/vermerdaille.jpg: Sophie Hanagarth Médailles merdeuses – Broches – Fer oxydé tous droits réservés

Mettre en avant, mettre dehors, ramener à la surface du visible et au service de l’apparence ce qui est usuellement considéré comme un déchet est un geste qui atteint sans doute son paroxysme dans la série des Médailles Merdeuses. S’emparant de la médaille, objet de valorisation par excellence, signant la reconnaissance sociale de mérites multiples –politiques, économiques, guerriers, familiaux, etc.– l’artiste assume sans conteste sa volonté de reconnaître les mérites des travaux silencieux, quotidiens, souterrains de nos corps et aux produits qui en résultent. Sophie Hanagarth poursuit ses recherches par les Vermines, série de broches mettant en scène des insectes et micro-organismes surdimensionnés, créés dans du fer rouillé. Là encore, ce qui l’intéresse au plus haut point est de s’emparer de cette partie de notre histoire corporelle qui provoque un frisson d’horreur et que nous cherchons à faire taire, à nier en ne la nommant pas, à oublier. Puisque, au bout du compte, ces Vermines consommeront notre corps, et grouillent d’ores et déjà à sa surface, l’artiste nous invite à les accepter comme une part de l’humain, et comme tels à les honorer, les assumer en les faisant parures.

http://sophie.hanagarth.free.fr/files/gimgs/verbroche.jpg
Sophie Hanagarth – Vermines – Broches – Fer oxydé – Tous droits réservés

Dans un travail récent, elle se joue de l’expression Bijoux de famille. Elle en use pour décliner une série de colliers, dans des matériaux multiples allant du fer rouillé à la silicone, objets destinés tant à des hommes qu’à des femmes, portés longs et qui viennent placer sur l’aine des bourses de résine souple, conservant parfois certaines caractéristiques –toucher, pilosité…– du scrotum. Là encore, cet usage d’organes parfois traités de honteux et pourtant largement emprunts d’une valeur essentielle, inscrit le travail de l’artiste dans les questionnements sur la construction culturelle et sociale du corps, dont nous sentons bien ici les emprunts aux gender studies. Pourtant, son titre, volontairement ironique, nous invite également à un parcours réflexif sur les questions de la transmission patrimoniale, mais sans doute aussi culturelle, voire génétique.

http://sophie.hanagarth.free.fr/files/gimgs/bourse-capsules.jpg
Sophie Hanagarth Bijoux de Famille Collier –capsules de bière  1997

http://www.fh-trier.de/typo3temp/pics/252319a494.pnghttp://catalogue.gazette-drouot.com/images/perso/cat/LOT/32/2900/272.jpg
Sophie Hanagarth Bijoux de Famille Collier – Silicone – 1999 Tous droits réservés.

Cette notion de génétique, et par conséquent de constitution cellulaire, ne peut que nous conduire au travail de l’artiste Canadien Paul McClure, qui a construit son travail entre science et art visuel. Mettant l’imagerie médicale au service de ses objets, il reproduit des images de cellules fournies par une observation au microscope en une multitude de broches d’argent ou de cuivre enduites de résines colorées. Il se dit inspiré par leurs qualités formelles et primordiales, dans lesquelles il puise la possibilité de développer l’idée de «la vie comme principe ornemental». Mais, allant jusqu’à la représentation de structures cellulaires mitotiques, présentes seulement lors des phases de division cellulaire, il fait écho au mouvement perpétuel et insaisissable du vivant, tout en éclairant magistralement la dualité de la partition et de l’accroissement. En effet, si les cellules croissent pour donner la vie, elles peuvent parfois également le faire pour donner la mort, comme dans le cancer.

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Paul McClureCells, (broches), 1999-2002 silver, gold, copper, resin, neodymium, magnets, glass petri dishes

Et cette étroite imbrication entre vie et mort nous amène, pour terminer notre rapide tour d’horizon, aux travaux de Nanna Melland, artiste norvégienne résidant à Munich. Elle pense que «la technologie actuelle est la cause d’une complète aliénation de l’homme moderne par rapport à sa propre vie». En se voyant livrer des images du monde à une vitesse vertigineuse et au travers du filtre des pixels il perd le sens de la réalité de sa mort et cette dernière devient un genre de spectacle de l’ordre du «divertissement médiéval». Toute la démarche de Melland commence à une période où elle travaille dans la bijouterie industrielle. Créant une multitude de pendeloques en forme de coeur, elle se demande : «Qu’est-ce que j’offre dans ce symbole d’amour romantique à souhait ?» Pour tenter de répondre à cette question, elle délaisse l’espace clos et protégé de son atelier d’orfèvre pour s’ouvrir à d’autres conceptions, étudie l’anatomie, guette le coeur au milieu de réalités toutes différentes de celles auxquelles elle est habituée. Dans ses visites d’abattoirs et de boucheries, elle rencontre les odeurs fortes, le dégoût, la nausée, la chair et la matière, mais aussi la mort dans sa réalité. Par réaction, elle veut exprimer la vie. S’ouvre alors l’univers de la recherche sur les xénogreffes, et la découverte de la proximité entre le coeur de porc et le coeur humain, si forte que depuis 1968 on utilise des valves de porc pour réparer certains accidents mitraux humains, et qu’on envisage de plus en plus sérieusement l’élevage de porcs génétiquement modifiés pour utiliser leurs organes dans des transplantations humaines.

Elle met en scène son premier bracelet Heartcharm, dans lequel un coeur de porc plastiné vient s’insérer au milieu de multiples pendeloques argentées –fer à cheval,trèfles…– révélant ses pensées face à ce qu’elle voit naître «une frontière entre vie etmort, science et nature, quelque chose qui fait jaillir beaucoup de questions».

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Nanna Melland – Heartcharm – Bracelet – Résine, Coeur de porc, bracelet et pendeloques argentés
2003 – Tous droits réservés.

Puis, s’intéressant à la fonction essentielle de pompe de l’organe cardiaque, elle commence à mouler l’espace intérieur de coeurs de porcs, cet espace où circule le sang dans son mouvement vital pour nous. Une fois les moulages pris, elle les désincarcère de la chair leur ayant donné forme, et les place dans de petites sphères de verre devenant des broches et des pendentifs, reliquaires étranges baptisés Fragments de Vie. Ces reliques, qu’à première vue on peut imaginer être des végétaux desséchés ou momifiés, lui permettent d’amener l’intérieur vers l’extérieur, exposant «l’espace secret du coeur physiquement et métaphoriquement» en vue de faire transparaître «la fantastique fragilité de la sensation de la vie».

Nanna Melland Fragments of life Pendentif Résine, verre, acier et argent fin 2004 tous droits réservés.

C’est au cours de la réalisation des Fragments de Vie que naissent les Heartrings, bagues-coeurs issues des restes de viande, veines de coeur qui la frappent par leurs tailles s’adaptant parfaitement à un doigt humain, anneaux de l’intérieur pour orner l’extérieur. Moulés en métal précieux, les anneaux de viande transforment la réaction première de dégoût face à de restes corporels en un sentiment d’admiration et de reconnaissance, et entraînent vers un autre questionnement, celui «de notre rapport au corps que nous habitons, et qu’il semble que nous ayons beaucoup de mal à faire nôtre, et à reconnaître comme nôtre».

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Nanna Melland – Heartrings – Bagues – Argent peint, or fin, argent oxydé et laque – 2003 Tous droits réservés.

Dans le prolongement de cette idée, elle crée le collier Décadence, pour la réalisation duquel elle conserve pendant plus d’un an les rognures de ses ongles à chaque fois qu’elle les coupe. A l’issue de cette collecte, moulées dans de l’or fin et minutieusement assemblées sur un fil de lin rouge elles deviennent collier. L’artiste raconte : «l’inspiration pour faire cette pièce, est venue de la découverte de mon dégoût pour les ongles. Pourtant ils peuvent sembler beaux sur le doigt, mais dès qu’ils tombent dans mon potage, c’est une histoire différente». Elle dit s’être sentie coupable après avoir accompli cette pièce : «vu le monde où nous vivons, avec tellement de pauvreté et de douleur, j’ai éprouvé un certain dépit face à ma capacité à faire quelque chose d’aussi indigne, impudent que mouler mes propres déchets corporels en or». C’est pourquoi elle a choisi de l’appeler Décadence. Cette pièce devient un quasi manifeste. En usant d’un matériau corporel que l’usage nous a appris à peindre, percer, limer pour servir notre ornementation, mais aussi à considérer comme un déchet repoussant et sale dès qu’il est détaché de nous, l’artiste met là encore en lumière notre rapport au propre et au sale, au beau et au laid. Immortalisant la rognure d’ongle en or –matériau de la pureté et de la permanence–, conservant avec exactitude sa forme et sa taille dans une forme de Vanité contemporaine, elle nous rappelle le caractère éphémère de l’ongle, sa croissance permanente qu’il faut dompter et contrôler. Faisant du précieux avec du non précieux –voire du sale–, elle signifie à quel point notre corps est vivant en dehors de nous, de notre volonté et de notre contrôle, dans le mouvement perpétuel de la vie qui fait battre notre coeur, pousser nos ongles et nos cheveux. Lors de sa présentation dans des expositions, il est intéressant de constater combien la matière or du collier attire d’emblée le public qui vient le contempler, puis prenant conscience de ce à partir de quoi il est fait, s’éloigne, décontenancé voire franchement écoeuré, et pouvant lancer des
remarques comme «porter mes ongles à la limite, mais ceux de quelqu’un d’autre quelle horreur».

Nanna Melland Necklace: Decadence, 2000 - 2003 Goldcast finger and toenails, linen 50 cm Photo by: Nanna Melland: Nanna Melland Necklace: Decadence, 2000 - 2003 Goldcast finger and toenails, linen 50 cm Photo by: Nanna Melland:
Nanna Melland – Decadence – Collier ( & détail) – Or fin et soie – 2004 collection Galerie Marzee – Tous droits réservés.

Comme on le voit, la limite de l’organe a parfois été dépassée dans la présentation de ces travaux, pour se déplacer vers l’usage d’éléments corporels projetés à la surface, devenant apparents, et servant l’apparence. Ce franchissement volontaire avait pour but de mieux éclairer le propos, outre un relevé des pièces et artistes existants (non exhaustif loin s’en faut), il faut en effet maintenant se poser la question du sens de ces productions et de ces parcours. Sans doute, nous éclairent-ils sur le changement de statut du corps ayant permit leur production et leur diffusion sans trop de heurts. Bien sûr, toutes les préoccupations de l’art des années 60-70, les multiples volontés de révéler un corps réel et organique ont-elles ouvert la porte à ces travaux, de même que toutes les expériences performatives et la défiguration du corps qui en a résulté. Cette jeune génération d’artistes offre une image d’adoucissement, dans ses travaux, tout comme dans la manière dont elle les met en scène, un adoucissement qui pourtant ne semble pas conduire à un délitement délitation du contenu. Leurs expressions sont moins revendicatrices ou révoltées, elles appellent le public à des expériences sensuelles et sensitives plus intimistes, plus ludiques également, comme empreintes d’une permissivité gagnée, de tabous déjà tombés ayant créé de nouveaux espaces d’expression possibles. Le corps et ses éléments deviennent oeuvres et ornements ou au moins semblent mériter d’être traités ainsi dans leur matière même, et non plus uniquement dans leurs projections ou leurs dimensions symboliques. En effet, même transfigurés par le passage de l’organique au métal ou à la résine, c’est bien l’organe en tant que tel qui est chanté, sa réalité charnelle, son mouvement, sa fonction, ses résidus, son action. Ce qui dans une société contemporaine qui fait l’apologie du bien-être ou du mieux être dans son corps, avec le développement d’une multitude de pratiques alternatives, ne peut qu’aller de soi.

Mais n’oublions pas qu’il est question ici d’une production liée au domaine du bijou et de l’ornement corporel, éléments qui condensent le double mouvement du normatif et de l’individualisation, interfaces significatives tant de notre insertion que de notre expression sociales, marqueurs et outils choisis (voire subis) de la construction de soi7.Or, à étudier l’histoire de ces bijoux et de ces ornements, nous découvrons que les matières, les techniques et les formes qui leurs ont donné corps parlent des multiples frontières franchies par celui qui les conçoit et celui qui les porte. Il y a tout d’abord les frontières géographiques (une nouvelle région découverte amenant de nouveaux types de matériaux jusqu’alors inconnus), culturelles (la confrontation avec d’autres populations maîtrisant d’autres techniques ou d’autres conceptions, qui fait naître de nouvelles formes), techniques et scientifiques (nouvelles possibilités d’extraction de matériaux, mise au point de nouveaux alliages, conception assistée par ordinateur en sont divers exemples), économiques, cultuelles, socio-économiques, etc. Mais il s’agit aussi des frontières individuelles : objets de naissance, baptême, communion, mariage…pour ceux socialement signifiants dans le monde occidental, mais également objets choisis de manière plus personnelle pour garder le souvenir d’une étape ou d’un moment décisif ou vécu comme tel.

Pouvons-nous alors supposer que la récente éclosion de ces multiples travaux sur les «organes-ornements» devient l’indicateur d’une frontière franchie ? Peut-être pouvons-nous considérer que le choix d’user majoritairement d’organes frontières (peau,organe génitaux, intestins, etc.) n’est pas le pur fruit du hasard, et que nous approchons d’une époque admettant la circulation entre dedans et dehors. Toute limite tombée n’en révèle-elle pas une nouvelle, inspirant le désir de son exploration, de son expertise, voire de son franchissement ? Cette acceptation, éclairée par les travaux sur et autour du mutant, nous conduit à une ultime question : quels seront les «organes-ornements» de demain ?


Bijoutière et plasticienne de formation, Monique Manoha a délaissé l’atelier à partir de 1999 pour créer la Biennale du Bijou Contemporain de Nîmes (4 éditions : 1999, 2001, 2003 et 2005), fonder Le Porte Objet, structure de promotion du Bijou Contemporain, et le GERCO (Groupe d’Etudes et de Recherches Corps et Objet), en charge de colloques et journées d’études sur le bijou. Auteure de divers articles sur l’objet bijou (dont « Bijou », Dictionnaire du Corps en Sciences Humaines et Sociales, dir. B. Andrieu, CNRS Editions,2006), elle a coordonné l’édition de Corps et Objet – Actes du colloque de septembre 2003 (Le Manuscrit Universitaire, 2004) et de Corps et Objet : du bijou… (L’Harmattan, à paraître). Elle travaille aujourd’hui audéveloppement du Pôle Bijou de la Communauté de Communes de Baccarat (54).

1 Cf. Wassyla Tamzali, ABZIM – Parures et bijoux des femmes d’Algérie, Dessain et Tolra, Entreprise Algérienne de
presse, 1984.
2 Cf. Sheila Paine, Amulets – a world of secret powers, charms and magic, Londres, Thames et Hudson, 2004.
3 Sheila Paine, op. cit.

4 Didier Anzieu, Le Moi Peau, Paris, Dunod, 1985.
5 François Dagognet, La Peau découverte, Paris, Synthelabo, « Les Empêcheurs de penser en rond », 1998.

6 Jacques Ruffié, Le Sexe et la mort, Paris, Odile Jacob, « Poche », 2000 
7 À ce sujet voir Monique Manoha, «Bijou», Dictionnaire du corps en sciences humaines et sociales, Bernard Andrieudir., Paris, CNRS Editions, 2006 ; Corps et Objet, actes du colloque des 19 et 20 septembre 2003, P. Liotard et Monique Manoha dir., Le Manuscrit Universitaire, 2004 ; et Corps et Objet : du bijou, Monique Manoha dir., L’Harmattan, «Le Mouvement des Savoirs», à paraître . 

Pour citer cet article, utiliser la référence suivante : MANOHA Monique, « De l’organe à l’ornement », in H. Marchal et A. Simon dir., Projections : des organes hors du corps (actes du colloque international des 13 et14 octobre 2006), publication en ligne, www.epistemocritique.org, septembre 2008, p. 137-151.
Pour joindre l’auteure  : manohamonique
@hotmail.fr

 

23/06/2010

Se jouer des corps pour se parer de liberté : Du bijou contemporain comme espace de normativité – Alexandre Klein

Résumé -

« Derrière l’apparent oxymore, la notion hybride de résistance_adhérence annonce sa fécondité. Performativité d’une notion qui, faisant écho au concept philosophique de normativité, précise les modalités du jeu que le je entretient avec les normes dans l’acte de création. Effectivité d’un couple improbable au travers duquel se déploie la liberté du sujet moderne dans son entrelacement avec le monde. L’union duel de la notion invite à la nuance et à la finesse, évitant l’écueil d’un choix d’engagement se réduisant à un extrême ou l’autre. Comme nous le montrent les créatrices de bijou contemporain telles Virginie Bois et sa série sur les draps, Françoise Jacquey et Valérie Larrondo d’Oncle John et leur série de bijoux blessants, ou encore Sophie Hanagarth et ses bourses, mais aussi le créateur Stéphane Landureau et son collier Dialyse, la résistance aux normes, de la joaillerie ou du corps, s’effectue dans un jeu nuancé où les positions radicales se troublent, au profit d’une liberté visqueuse qui colle aux corps des libertaires autant qu’aux doigts des conservateurs. Ainsi s’ouvre des «caisses de résonances» essentielles, ainsi que l’explicite Isabelle Stengers, à la survie du sujet humain contemporain, témoignant du potentiel de l’art à être l’une des rares pratiques sociales à permettre encore de lutter contre la normalisation galopante. Ce sont ces pistes de friction des corps et des représentations que nous explorerons afin de préciser la richesse de cette notion en chantier de résistance_adhérence, qui de la création à l’éthique dessine le chemin d’une liberté toujours à cultiver.« 

 

 

« Nous ne manquons pas de communication, au contraire nous en avons trop, nous manquons de création. Nous manquons de résistance au présent .  » (Gilles Deleuze et Félix Guattari) 1

Notions issues de la physique des matériaux et de la mécanique appliquée 2, la résistance comme l’adhérence ont acquis avec le temps une connotation politique marquée, en France au moins, d’un brin de Seconde Guerre mondiale. Couple de possibles semblant résumer la position du sujet face au monde, ces deux notions ne sont que les miroirs de l’absence de nuances dans la création d’une identité et d’une position subjective qu’elle soit politique ou existentielle. Elles caricaturent en fait l’engagement politique, mais plus largement l’interaction du sujet humain au monde. Si la résistance était à l’origine une non-action, une force qui s’oppose au mouvement, un refus d’agir, elle est aujourd’hui pensée – et la résistance française face à l’invasion nazie n’y est pas étrangère – comme réaction, comme action de refus, bref comme un combat… une action. Ainsi, la résistance apparaît toujours-déjà comme un paradoxe, puisque toute résistance à quelque chose implique un rapport à ce quelque chose, une connaissance, une admiration, un rejet, peu importe, mais un rapport. La résistance implique a priori ou a posteriori une certaine adhérence avec ce contre quoi on souhaite résister.   C’est en ce sens que la notion de résistance_adhérence se présente comme un outil heuristique pour le philosophe. C’est en ce sens que travaillent les bijoutier(e)s contemporains qui tentent de renouveler, sans s’en extraire, les codes et usages de la bijouterie classique. Á la croisée de ces deux approches, nous souhaitons donc mettre en lumière la fertilité de cette notion qui reste à penser.

De la normalisation comme modèle

Les travaux menés par les philosophes de tradition française 3 nous avaient en effet conduits à une certaine impasse. D’une part, Georges Canguilhem (1904-1995) avait mis en lumière, dès 1943 4, la qualité fondamentale de la vie qu’est la normativité, la création de nouvelles normes, seul outil apte à déjouer la mort qui dès notre naissance croît en nous, reprenant ainsi l’intuition du médecin français Xavier Bichat (1771-1802) qui en 1800 définissait la vie comme « l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort » 5. Á la suite de cette philosophie biologique, Michel Foucault (1926-1984), élève de Canguilhem, avait lui mis l’accent sur l’indéfinie normalisation qui touche notre société. Á la fois extension et exhibition de la norme, la normalisation est un processus à l’œuvre dans les sociétés occidentales contemporaines visant à la régulation et à la gestion des populations par l’adoption de comportements, d’habitus, de gestes, de postures et de représentation communes. Foucault avait ainsi produit la genèse de la biopolitique 6, forme de gouvernementalité des corps et des vivants qui qualifie nos sociétés contemporaines, montrant comment le capitalisme bourgeois et le libéralisme politique 7 favorisaient à leur profit l’adoption par les individus d’une norme unique d’existence et ce afin de mieux contrôler, gérer et réguler la population d’une société donnée. Entre l’appel à l’adhérence aux normes sociales définies au profit de l’accroissement du capital et la nécessité de création de normes propres par les individus et les groupes, le sujet humain apparaît alors déchiré, trop souvent fatigué de tenter d’être lui-même 8. Comment continuer à créer ses propres normes, à faire acte de liberté, dans une société où ce qui ne participe pas à la norme commune est exclu ? Telle est l’impasse dans laquelle nous sommes, nous, sujets occidentaux : comment continuer à transgresser les normes en place pour imposer ses normes propres et rester un sujet libre alors que toute nouvelle norme est trop rapidement récupérée par la normalisation ? Comment valoriser des valeurs propres, divergentes des valeurs   « prêtes-à-consommer » qui sont massivement diffusées, sachant qu’à terme, les cultures de résistance (telles le mouvement hippie ou la culture urbaine) sont vidées de leur contenu transgressif pour mieux être vendues au plus grand nombre ? Quels espaces reste-t-il dans ce mouvement galopant de normalisation ? Ainsi, entre la perte de valeurs et de repères qui caractérisent notre monde désenchanté 9 et la diffusion massive de valeurs « en kit », l’affirmation de sa liberté, la production de sa vie, de ses normes et de son identité propre reste un exercice de funambule tenant sur le fil d’un underscore , celui de la notion de résistance_adhérence. Un exercice vital au risque de voir la démocratie se transformer d’elle-même en totalitarisme 10, au risque de voir la science fiction d’un Ray Bradbury 11 ou d’un Georges Orwell 12 devenir réalité (si ce n’est pas déjà fait).

Mais rassurons-nous, tout n’est pas perdu. Il est possible de faire vivre un peu de liberté, d’une part, parce que la biopolitique n’est pas l’imposition d’un pouvoir issu du haut, mais bien le maintien par tous d’un pouvoir, de pouvoirs diffus et transversaux, pouvoirs sur lequel il est donc possible d’agir puisque nous en sommes les détenteurs autant que les gardiens. Comme le résume Paul Veyne reprenant la pensée de Foucault : « Nous ne pouvons échapper nulle part aux relations de pouvoir ; en revanche, nous pouvons toujours et partout les modifier ; car le pouvoir est une relation bilatérale ; il fait couple avec l’obéissance, que nous sommes libres (oui, libres) d’accorder avec plus ou moins de résistance. 13 ». D’autre part, parce que, comme l’exprime Guillaume Leblanc, la normalisation n’est pas encore totalement effective, elle le sera seulement lorsque nous assisterons à un « recouvrement tel de la normativité par la normalisation que la normativité sociale ne peut plus s’exercer dans la normalisation 14 ». Autrement dit, tant qu’il restera des espaces de créations, des mises en question et en jeu des normes en place, un espoir subsistera.

Mais comment s’exerce la résistance_adhérence ? Comment se réalise-t-elle en pratique ? C’est ce que nous pouvons découvrir avec des créateurs et créatrices se jouant de toutes parts des normes : les bijoutier(e)s contemporain(e)s qui font vivre la liberté et la normativité sur le fil de leur collier, sur les attaches de leurs bracelets ou les courbes de leurs broches.

Le bijou contemporain comme acte de résistance_adhérance

Le choix du bijou contemporain pour illustrer les processus de résistance_adhérence n’est pas anodin. Tout d’abord, car le travail sur la matérialité, sur les matériaux, fait écho à l’origine même des notions de résistance et d’adhérence, mais surtout parce que le courant dit du « bijou contemporain » est lui-même un acte de résistance_adhérence.

Comme le rappelle Christian Alandete 15, ce mouvement est né, en France du moins, en réaction aux valeurs de la joaillerie qui estime l’importance d’un bijou à son poids de carats, et a ainsi engagé une réflexion sur la définition même de l’objet bijou. Non totalement en résistance, puisque le premier collectif de créateurs contemporains, l’EPOC 16, fondé en 1979, rassemble des bijoutiers, créateurs, joailliers de formation classique, souhaitant se détacher des techniques et représentations classiques avec lesquelles ils ont été formées. En voulant sortir la joaillerie de ses fonctions et usages normés, ils ont engagé une véritable révolution dans le monde du bijou allant jusqu’à questionner le lien même de l’objet au corps 17. Car c’est finalement toute une esthétique, et avec elle une politique 18, qui était mise en question par la critique des formes et matériaux classiques de la bijouterie de style « Place Vendôme ». Il n’y a pas que de l’or et des diamants pour faire des bijoux, qui eux-mêmes ne servent pas qu’à parer, qu’à embellir, mais qui peuvent déployer, par le biais de formes, de concepts et de matières autres, une symbolique et des valeurs neuves.

Ainsi, c’est tout le monde de l’objet corporel qui est mis en question par ces créateurs, attaquant ainsi de front la normalisation des corps résultant du gouvernement biopolitique 19. Et si les créateurs et créatrices se multiplient, leur reconnaissance est encore marginale. Ainsi en témoigne le titre du principal volume consacré au bijou contemporain en France un vrai bijou !   affirmant la volonté de ces artistes-artisans de résister, de produire de nouvelles normes, mais tout en s’intégrant au monde du bijou, tout en affirmant leur adhérence au champ qu’ils souhaitent changer. Bijoutiers à part, certes, mais à part entière. C’est ainsi que se définissent les créatrices et créateurs.

Virginie Bois, plasticienne, diplômée de l’École supérieure des Arts Décoratifs de Genève et de l’École Boulle, enseignant à l’AFEDAP 20, a ainsi décidé d’interroger réellement la matière sur laquelle elle travaille. Reprenant des draps de mariage, des draps d’union, des draps de solitude ou des draps de honte, elle a ainsi produit une série à partir de draps de famille, coupés, déchirés, brûlés afin de former par exemple le collier Être.

Etre
Virginie Bois, collier Être, 2004, drap de famille (2 places) déchiré et brulé

Elle interroge ainsi la symbolique du bijou et ce dès le choix des matériaux, questionnant les liens qui, de la famille à soi, en passant par le lit, nous font Être. C’est toute la structure sociale qui est mise en question par ce travail sur la famille, mais également le rapport que nous entretenons avec notre corps, la manière dont nous constitutions notre identité à son contact. Un contact qui se veut résistant_adhérant, puisque les objets qu’elle produit tente de matérialiser l’intime «  pour et contre le corps » 21.

Ainsi sont remis en cause les liens du bijou au corps : le corps fait-il le bijou ou le bijou fait-il le corps ? C’est toute la question que posent Françoise Jacquey et Valérie Larrondo d’Oncle John et leur série « Sublimes cicatrices ».   Les plus beaux bijoux sont ici pensés comme ceux qui marquent le corps : bracelet griffant les poignets ou bague mutilant les doigts 22 sont ces objets qui interrogent le statut du bijou comme du corps qui le porte. L’empreinte sur le corps laissée par le bijou est, selon elles, ce qui fait l’esthétique. Ce qui rend le corps sublime est moins le bijou que l’usage « anormal », selon d’autres normes, que l’on en fait. Ainsi, le marquage corporel, que certains pourraient qualifiés de pratiques déviantes 23, est ici le moyen de création d’une esthétique renouvelée. La résistance_adhérence du bijou et du corps est ici performée par le port d’un bijou qui marque le corps, un bijou qui adhère à un corps qui y résiste !

Un bijou qui ne se porte pas ou qui est insupportable à porter semble aller à l’encontre du rôle classique du bijou en tant que parure. Pourtant, l’essence symbolique du bijou qui, de l’anneau papale à la bague de fiançailles 24, est une donnée classique de la bijouterie est ici mise en exergue. Ce jeu à la limite des usages et des formes est habilement exécuté par le créateur Stéphane Landureau 25 et son « insupportable collier dialyse  », que l’on ne peut passer au risque de s’ouvrir l’artère carotide.

Dialyse
Stephane Landureau, collier Dialyse, 2002, aiguilles de dialyse, matières plastiques

 

L’ensemble d’aiguilles de dialyse pointées vers le cou du porteur improbable symbolise la souffrance inhérente à cette thérapeutique qu’a subi entre 2000 et 2005 son auteur « dans l’attente d’un vrai bijou : un rein 26 ».

Du bijou sur le corps au corps dans le bijou, il n’y a qu’un pas que franchit habilement Sophie Hanagarth 27 et ses bourses .

Bourses
Sophie Hanagarth, Bourses, 1999, silicone.

Renversant les codes imposés par le corps biologique, elle extériorise ce qui est normalement intérieur. Par l’affichage des parties génitales, dans sa série de Bijoux de famille, ou des excréments qui deviennent des ornements, dans sa série Médailles merdeuses.

Medailles
Sophie Hanagarth, Médailles merdeuses, 2000, broches, fer blanc recyclé, cuir, acier.

Elle résiste aux codes moraux et sociaux qui touchent habituellement le corps. Pour autant, elle parvient à rester au plus près de la texture naturelle de ces éléments, assurant, par exemple, une mollesse originale à ces étrons de fer. La transmutation du métal fait perdre à ses médailles d’excréments leur rapport à la souillure afin de les transcender en outils de divinisation du corps, mais avec le souci de conserver une similitude avec leurs modèles biologiques. Car derrière la résistance aux codes et usages, l’artiste revendique une adhérence avec les contenus premiers du bijou : « Le bijou, on le pense aujourd’hui comme un accessoire de mode mais ce qui me plaît en travaillant le bijou comme je le fais, c’est de rester garante de certains signes comme le faisait l’art brut […] Je trouve intéressant de me sentir garante de cette continuité-là, par rapport au monde où on vit » 28.

Sauvegarder un brin de liberté

Ainsi peut-on apercevoir, dans les interstices de ces jeux de symboles, dans ces créations d’objets et de sens, les nuances de la normativité, les difficultés d’une liberté qui veut s’affirmer sans pour autant être exilée. Dans les plis du corps et des matières, les créatrices et créateurs de bijou contemporain engagent « la constitution de « caisses de résonance » telles que ce qui arrive aux uns fasse penser et agir les autres, mais aussi que ce que réussissent les uns, ce qu’ils apprennent, ce qu’ils font exister, devienne autant de ressources et de possibilités expérimentales pour les autres » 29. Esquissant des espaces de liberté, ces bijoutier(e)s nous incitent tant à mettre en jeu notre je qu’à participer de cette résistance_adhérence. Car si l’existence d’espaces absolument autres, d’hétérotopies dans un monde proprement isotopique, assurent pour tous le maintien de la liberté, il reste à chacun de s’en emparer pour la faire croître. Car, certes, tant que certains lutteront pour faire exister et pour publiciser dans la société des pratiques alternatives et problématisantes (ouvrant la voie à des formes nouvelles de questionnement), alors la liberté, entendue avec Foucault, comme la possibilité de transgression des normes 30, perdurera. Tant que des espaces autres,   des espaces «  absolument différents : des lieux qui s’opposent   à tous les autres, qui sont destinés en quelque sorte à les effacer, à les neutraliser ou à les purifier » 31, des contre-espaces d’utopies localisées, existeront, la liberté sera effective.

Mais reste encore à faire que ces actes de résistance_adhérence, de créations, trouvent une place dans notre société, atteignent le plus grand nombre, puissent participer à la mise en question de la normalisation ; il faut publiciser ces actions. C’est ce que nous tentons ici modestement de faire, conscient qu’il est du rôle du philosophe de s’engager dans le monde qui est le sien pour tenter de voir jusqu’où il est possible de penser autrement 32. Le bijou contemporain est de ces espaces totalement autres, de ces hétérotopies qui n’existent que parce qu’ils résistent aux topographies imposées, ces initiatives créatrices qui ne laissent pas indifférents, qui adhèrent au combat de la vie, qui engluent les normes dans une résistance_adhérence qu’elles font littéralement, performativement, exister. Il est donc l’objet d’une philosophie qui se nourrit de domaines extérieurs 33 pour mieux, elle aussi, résister au présent. Car à bien y regarder, nous ne manquons peut-être pas tant que ça de création, au contraire, elle se fait jour partout, dans les interstices des normes, dans des espaces peu fréquentés, dans ces lieux discrets et anonymes qui maintiennent du rêve et de la liberté dans nos sociétés, mais nous manquons évidemment de résistance_adhérence au présent. Heureusement qu’il existe encore quelques espaces créatifs, critiques et engagés socialement, des espaces qui font une place à la résistance_adhérence et à des articles qui tentent de la valoriser.

Notes

1 Deleuze, G., Guattari, F., 1991, Qu’est-ce que la philosophie ? , Paris, Les éditions de minuit, p. 104.

2 Trésor de la Langue Française Informatisé

3 Cusset, F., 2003, French Theory: Foucault, Derrida, Deleuze, & Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux Etats-Unis , Paris, éd. La Découverte.

4 Canguilhem, G., 1943, « Essai sur quelques problèmes concernant le normal et le pathologique (1943) », 1966, « Nouvelles réflexions concernant le normal et le pathologique (1963-1966) », repris dans Le Normal et le pathologique , 1966, PUF, 2005.

5 Bichat, 1800, Recherches physiologiques sur la vie et la mort .

6 Foucault, M., 1981, « Les mailles du pouvoir », Dits et écrits , texte 297, Paris, Quarto Gallimard, 2001, vol. 2, p. 1001-1012 ; Foucault, M., 1982, « The Subject and Power», H. Dreyfus et P. Rabinow, Michel Foucault : Beyond Structuralisme and Hermeneutics , Chicago, 1982, Dits et Ecrits , « Le sujet et le pouvoir », texte 306, trad. F. Durand-Bogaert, t.2, p. 1041-1062 ; Foucault, M., 2004, Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France. 1978-1979 , Paris, Gallimard-Seuil.

7 Entendu comme mode de gouvernement où l’on gouverne moins pour gouverner mieux, le libéralisme politique s’oppose à la théorie de l’Etat-providence.

8 Ehrenberg, A., 1998, La Fatigue d’être soi , Paris, Odile Jacob.

9 Gauchet, M., 1985, Le Désenchantement du monde , Paris, Gallimard.

10 Gauchet, M., 2002, La Démocratie contre elle-même , Paris, Gallimard

11 Bradbury, R., 1953, Farenheit 451 , Denoël, coll. Présence du futur, 1955 trad. Henri Robillot

12 Orwell, G., 1949, 1984 , Gallimard, 1991.

13 Veyne, P., 2009, Foucault, sa pensée, sa personne , Paris, Albin Michel, p. 143.

14 Le Blanc, G., 2002, La Vie humaine. Anthropologie et biologie chez Georges Canguilhem , PUF., p.238.

15 Alandete, C., 2005, « un vrai bijou ? », Un vrai bijou ! Bijoux contemporains en France , Paris, édition les sept péchés capitaux, p. 13-16, ici, p. 15.

16 Etudes et Propositions pour une Orfèvrerie Contemporaine

17 Manoha, M., (dir.), 2004, Corps et objet , Paris, Le Manuscrit ; Klein, A., Manoha, M., 2008,   Objet, Bijou et Corps. In – Corporer , Paris,   L’Harmattan.

18 Klein, A., Manoha, M., 2009 «  Et si se parer devenait un soin ? », Journée d’études,   Le Bijou, ses fonctions et ses usages, de la Préhistoire à nos jours, ENS Ulm, Paris. Conférence; à paraitre, 2010.

19 Fassin, D., Memmi, D., 2004, Le Gouvernement des corps , Paris, Editions de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales,

20 Association pour la Formation Et le Développement des Arts Plastiques

21 Un vrai bijou ! , op. cit. , p . 24, nous soulignons.

22 Sublimes Cicatrices

23 On pense ici aux pratiques d’automutilation et de scarification entendues comme déviantes par la psychiatrie et la psychologie pathologique contemporaine.

24 Seraidari, K., 2004, « Les bijoux entre vie et mort », Manoha, M., (dir.), 2004, Corps et objet , Paris, Le Manuscrit, p. 61-77.

25 Bijoux Landureau

26 Un vrai bijou ! , op. cit. , p. 70.

27 Depuis 2002, Sophie Hanagarth est responsable avec Florence Lehmann de l’atelier bijou de l’école supérieure des arts décoratifs de Strasbourg qui est « un espace d’exploration et de réflexion propre au bijou. Qu’il soit objet de pouvoir ou simplement populaire, plus petit bagage et parcelle de matérialité, le bijou est un art transportable dont le lieu est le corps.

28 Interview de Sophie Hanagarth par Fanny Lasserre et Thierry Vasseur.

29 Stengers, I., 2009, Ces catastrophes qui s’annoncent , Paris, les empêcheurs de penser en rond/ La Découverte, p. 199

30 Foucault, M., 1984a, « l’éthique du souci de soi comme pratique de la liberté » (entretien avec H. Becker, R. Fornet-Betancourt, A. Gomez-Müller, 20 janvier 1984), Concordia. Revista internacional de filosofia , n°6, juillet-décembre 1984, p. 99-116, repris dans Dits et écrits , texte n° 356, Gallimard, quarto, vol. 2, 2001, p. 1527-1548.

31 Foucault, M., 1966, « Les hétérotopies », Conférence radiophonique, 21 décembre 1966, France culture, repris dans Foucault, M., 2009, Le Corps utopique, Les Hétérotopies , nouvelles lignes éditions, 2009, p. 23-36, ici, p. 24.

32 Foucault, M., 1984b, L’Usage des plaisirs. Histoire de la sexualité 2 , Paris, Gallimard, p. 16.

33 Canguilhem, G., 1966, Le Normal et le pathologique , Paris, PUF, 2005, p. 7.

Biographie

Alexandre Klein est philosophe et historien des sciences. Après deux ans d’enseignement en Sciences de l’éducation et auprès de professionnels de santé, il achève actuellement une thèse intitulé « Corps et sujet dans la médecine contemporaine » à l’université Nancy 2 au sein du LHSP Archives H. Poincaré (UMR 7117 CNRS/ Nancy Université). Ses travaux portent essentiellement sur les représentations et usages du corps et leurs relations avec la constitution de l’identité, principalement dans les pratiques de santé. Il prépare actuellement la publication d’un volume collectif sur Les sensations de santé à paraitre en 2010 au P.U. de Nancy.

Il travaille également autour du bijou contemporain, en présidant l’association Le Porte Objet, et a publié, avec Monique Manoha (Le pôle bijou), différents travaux dont Objet, Bijou et Corps. In – Corporer en 2008 chez L’Harmattan.

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07/06/2010

WORKSHOP/ATELIER – Les rencontres du Fourneau (France), avec Monika Brugger – 5-11 sept. 2010

Classé dans : Atelier/workshop,France (FR),Monika BRUGGER (FR),VIDEO — bijoucontemporain @ 0:15

 Inscription avant le | Registration before
15 juillet 2010 | July 15th 2010

Les rencontres du Fourneau ont débuté leurs activités en 2009 avec un symposium où des artistes d’horizons et d’origines divers comme Eija Mustonen, Sophie Hanagarth, Géraldine Millo, Christophe Marguier, Marie Prunier,Marie Masson et Laurence Verdier ont travaillé pendant une semaine, ensemble et autour de leurs propres projets, sur le paysage Breton.

Cette initiative prend cette année la forme d’un atelier avec Monika Brugger, artiste accompagnateur. A l’avenir, ces deux rencontres – symposiums et ateliers,bisannuels pour le premier, annuels pour le second –s’organiseront sous la forme d’un séjour d’une semaine consacré à la recherche technique, thématique et symbolique autour du bijou et de l’ornement corporel, à travers les expressions plastiques les plus diverses.

Cette année, les ateliers se concentrent sur les recherches personnelles de chaque participant-e. Les points de départ des discussions seront les travaux de chacun-e, ses recherches et/ou ses bijoux et auront pour but de renforcer la lecture personnelle de son propre travail.
Durant les ateliers, et quelles que soient les formes d’expression que vous aller choisir, – techniques ou matériaux traditionnels, photographie, broderie, livre … – nous parlerons toujours du et autour du bijou “petit objet ouvragé et précieux“. Nous le fabriquerons pour nous y référer et
nous en détacher, pour mieux le réfléchir. Nous en parlerons pour lui donner son sens symbolique et intellectuel en tant que facteur social et discipline artistique avec leurs matérialités et formes construites. Les procédures de recherches permettront l’élaboration d’approches différentes et de points de vue nouveaux face à sa propre pratique et en dehors de ses repères habituels.

La semaine sera rythmée par des projets thématiques rapides, des conférences sur le bijou, des échanges sur des thèmes proposés par les participants-es ou par Monika Brugger.

Monika Brugger, 'Alliance' Ring- EXPO 'also known as jewelry'-Monika Brugger - boucle 'fragile' argent
Monika Brugger, ‘Alliance’ Ring- EXPO ‘also known as jewelry’
Monika Brugger – boucle ‘fragile’ argent

L’élément du travail de Monika Brugger n’est pas d’abord la relation de la forme à la substance, mais plutôt l’idée, la catégorie, la tradition du langage. D’une certaine manière, son art est conceptuel. Il conduit à interroger le rapport des mots convenus aux choses fabriquées. (Pierre-Damien Huyghe, dans Monika Brugger Heimat, monographie édité par la Arnoldsche). Elle est orfévre-plasticienne, née en Allemagne en 1958 et vit en France depuis 1978. Ses oeuvres sont acquises par des collectionneurs privés et des musées tels Les Arts Décoratifs à Paris, le Fonds National d’Art Contemporain (FNAC) ou le Schmuckmuseum de Pforzheim en Allemagne. Elle partage aujourd’hui son temps entre l’enseignement du bijou, aussi bien dans la pratique que dans une approche théorique à l’ENSA de Limoges et à l’ESAD de Strasbourg, et son travail personnel est un travail de mise en place d’exposition comme en 2010, « Un peu de terre sur la peau », en tant que commissaire pour la Fondation entreprise Bernardaud. (voir article « EXPO ‘Un peu de terre sur la peau’ – FONDATION BERNARDAUD, Limoges (FR) – 16 juin-16 oct 2010« )

 

à | in
Fourneau
35380 Paimpont (FR)
+33 (0)9 64 00 17 53
+33 (0)6 82 76 20 88
lesrencontredufourneau@gmail.com

du | from
5 – 11 septembre 2010
September 5th – 11th 2010

 

*prix | prices€ 800 [–10% pour les étudiants-es | for students ]hébergement et repas inclus | Including accommodation, meals
*participants-es | participants   8 personnes | persons

*Langues | Language : français, anglais, allemand, italien | french, english, german, italien

*formulaire d’inscription | application form : via mail ou courrier | by mail or post way

Inscription avant le | Registration before
15 juillet 2010 | July 15th 2010

*Les inscriptions sont traitées dans l’ordre de leurs arrivées. | Registrations are processed in
the order in which they arrive.
*dépôt de garantie | deposit  accompte de | deposit of € 400
avant | before 20 juillet 2010 | July 20th 2010

Cette somme confirme la participation, elle est remboursables sous certaines conditions*. | This
sum confirms the participation and is returnable under certains conditions*.
Cheque en France ou virement bancaire pour l’étranger. | Please transfer by bank transfert, ask
the informations by mail.
Montant total | Total payment : le prix total du séjour sera réglé au plus tard le 25 août 2010. | The total workshop fee has to bepayed before the the august 25th.
* en cas de désistement justifié, une somme de 50 euros sera retenue pour les frais. | In case of justified withdrawal, with a 50 euro restraint for expenses.

Merci de transmettre cette information à d’autres orfèvres-es, bijoutiers-es | We would be very grateful if you would pass on this information to other interested jewellery makers, and …

 

VIDEO : interview de Monika Brugger par  Rita Marcangelo, de la galerie Alternatives

15/02/2010

EXPO ‘ L’Education sentimentale ‘- Espace Solidor, Cagnes-sur-mer (FR) -27 février – 23 mai 2010

L’Espace Solidor de Cagnes sur Mer propose, à partir du 27 février, une nouvelle exposition de bijoux de créateurs contemporains :  “L’Education sentimentale”, en référence au roman de Flaubert où le narrateur doit se tailler son propre chemin sans se laisser influencer par les idées préconçues. Les sept artistes internationaux présentés puisent leur inspiration dans le répertoire de formes de la bijouterie traditionnelle et repensent leurs modèles en fonction des caractéristiques du monde actuel.

Les créations de l’américaine Anya Kivarkis font le lien, entre période ancienne – principalement de style Victorien – et contemporaine. Ses pièces détournent les images du luxe et de la joaillerie pour n’en laisser paraitre que l’illusion ; les pierres précieuses sont ici réduites à leur seule forme. Son travail, présenté pour la première fois en France, à déjà fait l’objet de nombreuses expositions aux Etats-Unis. Les bijoux de la britannique Lin Cheung s’inscrivent dans une réflexion sur les relations que chacun entretient avec ses bijoux. En s’appuyant sur des standards anciens, elle parvient à créer des bijoux nouveaux : une boucle d’oreille en forme de perle dorée ou un pendentif en forme de coeur sont par exemple laissés dans leurs écrins ouverts pour les transformer en broches.

Anya Kivarkis, DOUBLE CUP BROOCH

Anya Kivarkis, « DOUBLE CUP » brooch

Si les pièces de la suédoise Åsa Lockner ont l’apparence de bijoux classiques, elles n’en révèlent pas moins de menues imperfections, des parties inachevées, des traitements d’oxydations particuliers … Ces “défauts” délibérés traduisent la volonté de rendre perceptible le « process » de fabrication et de révéler les subtilités de la métamorphose progressive du métal selon son degré d’échauffement. Ses bijoux semblent en évolution permanente. Récemment diplômée des Arts Décoratifs de Strasbourg, la française Carole Deltenre part, elle, de formes traditionnelles comme le camée ou la chevalière. Mais c’est pour écrire une histoire du bijou passée par le prisme des combats féministes et la réappropriation de leur corps par les femmes.

Carole Deltenre, 'Nymph' Brooch

Carole Deltenre, ‘Nymph’ Brooch

La néerlandaise Gesine Hackenberg prélève dans des pièces de céramiques usuelles des détails qui constituent les éléments de ses bijoux. Ses créations sont les éléments d’un puzzle dont les pièces sont indissociables de l’objet dans lequel ils ont été prélevés et forment un ensemble que la créatrice expose toujours de manière conjointe. Éloigné de l’esthétique dominante dans le bijou contemporain espagnol, Marc Monzó, pour sa part, préfère une réinterprétation d’une esthétique produite en Catalogne entre les années 30 et 70. Son travail associe souvent des matériaux précieux à des bouts de plastiques récupérés. Il s’agit de faire entrer le bijou dans la vie quotidienne !

Gesine hackenberg - collier céramique.jpg

Gesine HACKENBERG – collier céramique

Les pièces sélectionnées à Cagnes-sur-Mer portent toutes un regard ironique sur la bijouterie précieuse et sa valeur symbolique.

Travaillant à partir d’images photographiques anciennes, l’allemande Bettina Speckner suscite la libre interprétation de chacun car elle ne donne aucune indication sur les lieux, l’époque, l’identité des personnages. Associées à des perles, des pierres précieuses ou des objets du quotidien, ces images/bijoux ouvrent les portes d’une mémoire collective où chacun peut projeter son propre parcours.

(merci pour l’information -et l’article- au blog « Notes Précieuse« -  parce que sinon, AUCUNE information nulle part ailleurs ! comme si tout ce qui concernait le bijou contemporain en France devait rester secret …..  :-( rien sur culture.fr, le « portail » de la culture … ;-) , rien sur le/les sites de Cagnes-sur Mer …. si ! après moult recherches, enfin une information sur  http://www.cagnes-sur-mer.fr/  (dossier de presse disponible) aaah ! quel soulagement !)

Espace SOLIDOR expo

 

présentation par Christian Alandete :
L’éducation sentimentaleRépertoire de formes pour une histoire du bijou contemporain
- repertory of forms for an History of contemporary jewellery – L’Education Sentimentaleis is an exhibition initiated by Christian Alandete.
« Le bijou contemporain a fait l’objet de nombreuses spéculations esthétiques depuis sa sécession du champ de la bijouterie traditionnelle. Si la grande Histoire du bijou contemporain reste encore à écrire, celle de la bijouterie traditionnelle a, d’un point de vue, tant esthétique, technique, qu’historique, fait l’objet de multiples publications et offre des points de référence qui servent aujourd’hui d’appuis au travail de nombreux bijoutiers contemporains, privilégiant la réinterprétation de formes anciennes ou puisant dans des oeuvres du passé une manière de repenser le présent.Dans le champ élargi des arts visuels, la question théorique de la fin de la modernité et sa quête de formes toujours nouvelles a laissé la place à une relecture contemporaine de formes historiques aujourd’hui communes, qui, à l’instar de la littérature cherche moins à inventer qu’à se réinventer à partir d’une langue partagée. Ainsi des artistes originaires de régions culturelles très différentes puisent dans un même répertoire formel les bases d’une pratique artistique, devenue en quelque sorte générique, dont les sources relèvent plus de l’expérimentation des différentes avant-gardes historiques que des contextes géographiques particuliers.

Dans le champ du bijou contemporain, de plus en plus d’artistes puisent à leur tour dans un répertoire de formes que la bijouterie a constitué depuis ses origines, pour en dégager la charge symbolique, rappelant combien le bijou est non seulement affaire de formes mais aussi et surtout de signes. Une alliance, une chevalière, une boucle d’oreille, un camée, une parure, chaque typologie de bijoux porte en elle des significations particulières que les bijoutiers contemporains s’attachent à détourner pour mieux en révéler les mécanismes à l’œuvre dans le jeu des relations sociales. Procédant par modifications d’échelles, collusion de périodes historiques contradictoires, additions de formes, recyclage ou réassignations sociales, les artistes de l’exposition nous invitent à repenser l’histoire, non plus selon un axe linéaire mais sur un mode cyclique, dans lequel les évènements se répètent toujours, sans toutefois jamais être tout à fait les mêmes. Ainsi, les formes du passé resurgissent dans le présent, nous évoquant des objets familiers sans qu’il soit pour autant possible d’en déterminer totalement l’origine.

À ce titre, les travaux de Gesine Hackenberg et Bettina Speckner ouvrent les portes d’une histoire à la fois collective et individuelle, faite de souvenirs incertains. La première propose un rapprochement entre le bijou et les objets du quotidien en prélevant dans des céramiques usuelles anciennes, les détails qui serviront à façonner le bijou. La seconde, en empruntant des images photographiques anonymes, construit une fiction dans laquelle chaque bijou est une pièce d’un vaste puzzle où personnages, lieux et paysages se rencontrent, laissant à la libre interprétation de chacun les possibles liens qui pourraient les réunir. Elles pointent ainsi le rapport singulier qu’entretient le bijou avec l’histoire familiale où traditionnellement, le trésor de guerre amassé par les mères était transmis, d’une génération à l’autre, à leurs filles. Dans le modèle de société patriarcal, qui a longtemps privilégié le masculin comme unique héritier (et du patronyme et du patrimoine), les femmes ont maintenu ainsi une forme de passation parallèle par le biais des bijoux.

Carole Deltenre explore à son tour cette histoire des femmes en se réappropriant la chevalière (un des rare bijoux exclusivement masculin). De cette bague, sur laquelle sont habituellement gravées les armoiries de la famille et qui servait à cacheter à la cire, courriers et contrats, elle en propose une version au féminin, remplaçant les emblèmes par un moulage de clitoris. Elle nous rappelle ainsi le long combat des femmes pour l’égalité devant la loi et le droit de disposer de leur propre corps.

Les pièces d’Anya Kivarkis, elles, trouvent leurs sources à la fois dans une histoire classique des formes (souvent empruntées à la période victorienne) et dans un réinvestissement de l’ornementation. L’éducation artistique a longtemps consisté à approcher les maîtres en les copiant au point de maîtriser leurs techniques. Chez Anya Kivarkis, il s’agit moins de reproduire les pièces elles-mêmes que de partir de reproductions qui seraient passées par le filtre appauvrissant de l’image documentaire. Elle imagine ainsi des combinaisons de formes dont on pourrait aisément retrouver les sources dans les ouvrages historiques bien qu’elle prenne soin d’en évacuer délibérément les caractéristiques physiques pour n’en conserver plus que la matrice. Aussi, ce qui devait être à l’origine une composition de pierres précieuses colorées disparaît, dissoute sous une couche homogène d’émail.

Ce rapport du bijou à sa surface est plus encore mis en jeu dans le travail d’Åsa Lockner avec une préférence pour l’époque baroque et ses débauches de courbes et d’entrelacements. Cette fois les formes semblent familières, mais n’ont aucun référent historique. Ici, il importe moins de réinvestir un répertoire de formes identifiables que d’en adopter le style au point de le transposer dans le processus même de fabrication. Ses pièces apparaissent alors dans un certain état d’inachèvement, comme si l’artiste avait souhaité rendre visibles tous ses tâtonnements. Ses pièces révèlent ainsi les multiples variations d’aspects, que le métal a imprimé, suite aux différents traitements d’échauffement et d’oxydation qu’elle lui a fait subir.

Marc Monzó et Lin Cheung proposent une approche qui peut sembler plus conceptuelle, chacun prenant, à sa manière, la mesure du bijou dans le champ social et en réinterroge le statut dans le jeu relationnel. L’utilisation de la bague solitaire chez Marc Monzó, pointe les contradictions d’une société faite de promesses illusoires et de faux-semblants. En augmentant, de manière outrancière, la taille d’un solitaire, qui peut alors être exhibé en broche, l’artiste souligne le caractère ostentatoire et le désir de reconnaissance (sociale) que le bijou peut combler. De même, en multipliant les occurrences d’un solitaire sur une même bague, il souligne l’évolution du couple moderne et son incapacité à pouvoir tenir ses voeux d’union éternelle. 

Lin Cheung privilégie une approche périphérique en interrogeant le système des bijoux. Dans la série des Wear Again, elle conserve des bijoux anciens dans leurs écrins ouverts, pour les transformer alors en broches, renvoyant le porteur à un rôle de vitrine. En l’absence d’une littérature conséquente sur le bijou, qui puisse être en mesure d’ouvrir un véritable débat critique et théorique sur son histoire, ses fonctions et ses usages, elle propose une bibliothèque idéale dans laquelle toutes les disciplines de la philosophie à la sémiologie en passant par l’histoire prendraient le bijou pour objet d’étude. Elle remplace ainsi les couvertures de livres référents par des jaquettes blanches qui conservent l’esthétique d’origine mais dont le titre a été adapté au sujet, ouvrant le champ des possibles d’une vaste littérature de la bijouterie qui reste à écrire.

Dans le roman de Flaubert, L’éducation sentimentale, auquel l’exposition emprunte le titre, le narrateur doit trouver son propre chemin dans l’histoire en tentant de faire tomber les idées préconçues que chaque milieu tente de lui imposer. De la même manière, les artistes rassemblés dans l’exposition naviguent entre des temps contradictoires, puisant dans un passé indéterminé, les bases d’un renouvellement de formes à minima et faisant par la même occasion voler en éclats les frontières entre les différents segments de la bijouterie »  Christian Alandete

Espace Solidor
Place du château – Haut-de-Cagnes
06800 CAGNES SUR MER
FRANCE
Téléphone renseignement public : 04 93 22 19 25
Téléphone administration : 04 9322 19 25
Télécopie : 04 93 22 19 09
courriel / email :  m.lopez@cagnes.fr

chaque exposition qui a lieu à l’Espace Solidor est mise en ligne sur le site de la ville :
www.cagnes-sur-mer.fr, onglet “culture”.
  (MERCI de cette précision donnée par le Centre Solidor ! :-) )