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30/10/2017

EXPO «Materio-Talk» – Paris Parcours Bijoux 2017 – Les Ateliers de Paris – 9 Nov.-9 Dec. 2017

Materio-Talk commence le 9 novembre aux  Ateliers de Paris ! Explorez les connections et les dialogues engendrés par la création dans le cadre du Parcours Bijoux : http://bit.ly/2hnUXJf

Les Ateliers de Paris présentent «Materio Talk», exposition imaginée par le créateur et commissaire de cette exposition : Sébastien Carré.

Parcours Bijoux 2017

Inauguration jeudi 9 Novembre, à partir de 18h30

Materio-Talk - Aux Ateliers de Paris - inauguration 9 novembre 2017 soir

 

Quelles histoires résident dans l’esprit de l’artiste lorsqu’il crée ? D’où vient ce choix de matières ou l’utilisation de certaines techniques pour transmettre une idée ? C’est à ces questions que tente de répondre cette exposition par la mise en valeur des mythologies personnelles de huit artistes dans le but de s’exprimer par le biais d’une œuvre d’art à porter ou arborer.
Ce sont ces histoires intérieures que nous essayerons de mettre en valeur, quatre groupes ont donc été constitués par des liens établis par l’intermédiaire de choix de techniques, de matières, de vocabulaire formel ou conceptuel afin de mettre en lien de jeunes artistes issus d’écoles françaises abordant le bijou d’art face à un artiste étranger de renommée internationale.
Quatre thématiques seront donc abordées par chaque artiste mais il faudra également que chacun réalise une Œuvre en employant la matière de l’autre artiste de l’équipe afin de mettre en valeur l’idée derrière l’œuvre et celle qui anime la main.
Textes de l’ exposition par / Texts of the exhibition by : Nichka Marobin – Blo(g)azette – The Morning Bark
Autour de diverses thématiques, quatre équipes ont été constituées pour créer des passerelles entre les pratiques de jeunes artistes français et de grands noms internationaux du bijou d’art afin de mettre en valeur le caractère universel du bijou comme objet d’expression pour l’artiste et de communication pour son porteur.
 
« Les artistes, appelés à créer une pièce pour chaque thème, ont également été appelés à créer deux bijoux sur leur propre sujet spécifique, l’un utilisant le matériel que l’autre artiste aurait utilisé ; l’autre doit contenir un mot supplémentaire, celui que l’autre personne de l’équipe aura utilisé pour décrire le travail de son coéquipier. En ce sens, le dialogue entre les artistes se manifeste par le discours des matières et évolue sous notre regard.
L’un des aspects les plus fascinants de l’exposition Materio Talk a été le fait que chaque artiste ait dû choisir un mot spécifique pour décrire le travail de son propre coéquipier. D’un même lemme, tous les artistes engagés dans ce projet ont développé leurs propres langages formels en constante réciprocité avec leur propre collègue, donnant vie à un dialogue tangible, mais particulier, sur les formes, les idées et les bijoux, capable de transmettre de grands sujets dans une petite taille. »
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Beautés Primitives / Primal Beauty
« On ne peut comprendre son propre présent sans le passé car le passé fait partie de nous-mêmes et nous devons l’embrasser.
Le passé, et plus précisément le temps préhistorique, est le principal domaine d’étude de l’artiste grec Akis Goumas et de la française Marion Fillancq. Pour les deux, cette quête archéologique est, avant tout, une quête pour eux-mêmes.
Les fragments de la mer Egée permettent à Akis de construire son langage formel, tandis que les anciennes techniques du verre sont le point de départ de l’investigation de Marion: ils concentrent leurs travaux sur une mémoire reconstruite capable d’englober notre contemporanéité et qui posent toujours des considérations ouvertes sur la nature intérieure de l’homme. »
Nichka Marobin
Akis Goumas - "Inner" - photo by V.XeniasAkis Goumas -  Pendant: Inner, 2017 – Hammered bronze, casted sheets, steel, obsidian, pigments – Photo by: V. Xenias
« Je suis impliqué depuis plus d’une décennie dans l’étude des découvertes préhistoriques de la région égéenne et cela a affecté mon rapport au bijou. Mon processus créatif se développe comme une fouille conceptuelle en mon for intérieur et met en évidence des émotions, les impressions de souvenirs personnels ou collectifs, ou bien même des évènements obscurs du passé.
Dans un certain sens, ce processus ressemble à une excavation archéologique dans laquelle chaque couche a les caractéristiques d’une certaine période.« 
www.akisgoumasgallery.com – Akis Goumas Marion Fillancq, pensée taille - Nucléus & marionites -  photo F. GolfierMarion Fillancq, pensée taille – Nucléus & marionites -  photo F. Golfier
« Alors que l’Homme de la préhistoire taillait la pierre pour ses besoins. Il semble que nous taillons encore aujourd’hui, pour nos désirs. Ce postulat constitue la base du travail de Marion Fillancq et met en évidence des idées, concepts, ou esthétiques contraires. Ironisant souvent sur l’idée du luxe, c’est aussi certains statuts du bijou lui-même qui sont bousculés, créant une dualité contre laquelle Marion Fillancq elle-même, a du mal à lutter.«  
www.marionfillancq.comMarion Fillancq
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Symétrie organique / Organic Symetry
« Le groupe d’oeuvres de l’artiste estonien Tanel Veenre et le français Sébastien Carré est regroupé sous le thème «Symétrie organique»: le premier s’inspire de la sexualité et explore comment, à partir de la symétrie humaine de l’appareil reproducteur, de nouvelles formes peuvent être réalisées dans une pureté de lignes capables de devenir autre chose et dépasser la mimesis de la réalité.
Les éléments organiques employés par Sébastien Carré lui permettent de créer de nouveaux mondes; des minéraux et de la végétation aux pellicules de film, tout peut être mélangé et rassemblé afin de créer un nouveau langage plastique. Les éléments assemblés sont soigneusement étudiés, choisis et ils témoignent de la nécessité pour l’artiste français d’étudier ce lien intérieur entre tous les êtres humains et les autres espèces.« 
Nichka Marobin
Sébastien Carré - Necklace: Cultural Balance, 2017 Sharkskin, Pearls, beads, filmstrip, cotton, silk and nylon thread - at "MATERIO  TALK" exhibitionSébastien Carré - Necklace: Cultural Balance, 2017 Sharkskin, Pearls, beads, filmstrip, cotton, silk and nylon thread – photo Milo Lee
« Végétal, animal et minéral sont combinés dans ces bijoux aux formes de paysages. Mélanger ces matières interactives me permet de réveiller un corps qui tend à être plus insensible en raison d’une société surconnectée. Célébrer la diversité nous fera grandir. Dans l’histoire du vivant, si les cellules n’avaient pas coopéré au lieu d’essayer de se détruire, la vie n’aurait jamais produit l’homme. Chérissons la diversité, être ensemble est déjà un trésor. »
www.sebastiencarre.com
Sébastien Carré

Tanel Veenre - Brooch: Crown of the Nature, 2017 Wood, reconstructed coral, silver, cosmic dust - Photo by: Tanel VeenreTanel Veenre – Brooch: Crown of the Nature, 2017 Wood, reconstructed coral, silver, cosmic dust – Photo by: Tanel Veenre
 » Je suis intéressé d’aller au-delà de la raison, de trouver le noyau de l’humain sous cette épaisse couche de culture. Les expériences extatiques sont comme des portes ouvertes vers le côté animal de l’Homme. Pour mon travail, j’ai basé mes recherches tout autant sur l’extase religieuse que sexuelle pour transcrire cette sensation de se perdre dans le plaisir. Je poursuis donc certaines idées du Baroque pour qui l’art se doit de produire une réponse émotionnelle du spectateur. Mes oeuvres sont donc une allégorie, qui vise à retranscrire ce pouvoir de la sensualité pour arriver à l’accomplissement de cette Utopie du plaisir. »
www.tanelveenre.com
Tanel Veenre
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Cultures Modulaires / Modular Culture
Peter Hoogeboom (Nl) / Yiumsiri Kaï Vantanapindu
« La méditation contemporaine sur l’utilisation de l’argile et de la porcelaine est le principal trait d’union entre l’artiste néerlandais Peter Hoogeboom et l’artiste thaï-française Yiumsiri Vantanapindu pour le thème «Cultures Modulaires».
La recherche de Peter Hoogeboom commence par l’étude des éléments individuels en argile de l’histoire ancienne qui sont après transformés en petits morceaux numériques. Les pièces souples et élégantes rappellent cette vocation pour l’Antiquité et la culture passée qui émerge clairement de ses oeuvres. Ainsi, la mémoire collective et historique qui réside dans l’étude constante des techniques d’argile et de porcelaine d’Europe et d’Asie fournit des résultats inattendus. Une culture métissée et le concept d’hybridation offrent à Yiumsiri Vantanapindu un domaine d’étude et de création témoignant l’importance et la richesse des langues qu’une civilisation «sans frontières» pourrait offrir. Née en Thaïlande et vivant maintenant en France, la recherche de Yiumsiri se concentre sur le dialogue constant sur le passé et le présent, sur la mémoire collective et la contemporanéité en mélangeant les cultures. Ses pièces d’argile, de basalte, de porcelaine et de métaux sont une méditation sur son propre héritage avec une vue contemporaine. »
Nichka Marobin
at MATERIO TALK - Peter Hoogeboom - photo Peter HoogeboomPeter Hoogeboom - Necklace: Sacrifice, 2017 – Porcelain, silver, rubber, nylon. – 24 x 21 x 3.5 cm – Photo by: Peter Hoogeboom – From series: Broken
« Depuis 1995, j’applique de la céramique dans mes bijoux, un matériau qui dans son emploi contemporain est principalement utilisé pour fabriquer de la vaisselle. Parce que la fonction utilitaire de la céramique a été fortement liée à l’homme depuis le début de la préhistoire, je me réfère à cela en fabriquant de petits éléments en forme de jarre, de coupe ou de pot. On peut également faire référence à l’argile / terre en tant que nourriture pour les cultures dont nous nous nourrissons ainsi que notre bétail. »
www.peterhoogeboom.nl
Peter Hoogeboom
at MATERIO TALK - Yiumsiri Vantanapindu Bracelet: Black-Kam-Laï, 2017 Black porcelain and metalYiumsiri Vantanapindu Bracelet: Black-Kam-Laï, 2017 Black porcelain and metal
« Une frontière est un endroit composé de couches différentes, d’une ligne imaginaire à un endroit particulier, séparant ou regroupant deux territoires. Mon travail tourne autour du thème: «Sans Frontières». Par cela je souhaite exprimer que pour envisager un travail entre deux cultures, je dois ancrer ma réflexion par rapport aux diverses philosophies des lieux dans lesquels je crée tout autant que les différentes identités qui font l’individu que je suis. Par conséquent, l’art contemporain comme je l’appréhende se doit de souligner la diversité d’une manière intelligible. »
www.yiumsirivantanapindu.carbonmade.com
Yiumsiri Vantanapindu
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Merveilles naturelles / Natural Wonder
« En observant les pièces de la suédoise Märta Mattsson et de la française Marie Masson, on est fasciné par le sens de la “circularité” qui s’exprime par le biais des éléments naturels utilisés par les deux artistes. Le sens de cette «renaissance» (mot utilisé par Märta Mattsson pour présenter son travail) ressort clairement des travaux de ces deux artistes fascinées par la nature. Dans le cas spécifique de Märta, les insectes sont ramenés à une vie éclatante qui nous charme grâce à un nouveau sentiment d’émerveillement. Pour Marie, les éléments naturels tels que la peau, les cheveux, le crin et les fourrures sont assemblés afin de recréer de nouvelles pièces qui re-méditent le corps lui-même. Dans ce sens, en regardant ces travaux, on peut penser au symbole antique et mythologique d’Ouroboros (du grec ancien οuροβoros), le serpent ou le dragon mangeant sa propre queue, représentant la renaissance éternelle.« 
Nichka Marobin
at LATERIO TALK - Märta Mattsson Brooch: Insectomania, 2017 Cicada wings, wood, glass, resin, lacquer, cubic zirconia, pigment, silver Photo by: Märta MattssonMärta Mattsson Brooch: Insectomania, 2017 Cicada wings, wood, glass, resin, lacquer, cubic zirconia, pigment, silver Photo by: Märta Mattsson
« Je trouve parfois de la beauté dans les choses que certains trouvent étranges ou repoussantes. Je suis fascinée quand il y a quelque chose que vous ne voulez pas voir et le sentiment provoqué par cette envie de ne pas regarder, bien qu’au final on finisse toujours par regarder. Mes bijoux jouent de cette tension entre attraction et répulsion. J’emploie des matières qui semblent inappropriées au premier abord, rendant l’ordinaire et les objets familiers extraordinaires et inconnus. »
www.martamattsson.com
Märta Mattsson

Marie Masson © Marie Masson - Cocarde - 2017 – Broche Cuir, plumes de faisan, Hématite, zincMarie Masson © Marie Masson – Cocarde – 2017 – Broche Cuir, plumes de faisan, Hématite, zinc
« Le travail de Marie Masson se situe entre le bijou contemporain, les arts décoratifs, la sculpture, la mode et l’objet de curiosité. Cheveux, crins, poils et peaux, racontent la mise à nu du corps. Sur mesure, elle assemble, détourne, et met en évidence des attributs naturels de l’homme et de l’animal. Elle les considère en tant que premières parures visibles et propose des objets singuliers, restituant une intimité artificielle. »
www.marie-masson.com
Marie Masson
 
 
As an art, jewellery creations are, at the same time, products of an established historical moment and pieces which carry with themselves layers of memory, universal messages of beauty and, above all, languages able to survive during the years. They are yet ephemeral because they can be broken, dismantled, fused and recomposed following the desires and circumstances of contingency and need.
More than traditional jewellery, contemporary jewellery offers a multiplicity of panoramas and languages. The use of different materials and the subversion of the hierarchy of what might be considered precious changed all perspectives. It is an evidence nowadays: studio jewellery is made also of non-precious metals and non-precious stones. From iron to plastics, from paper to wood, from fibers to insects each material can be worked, re-built and assembled in order to become a jewel, varying the traditional concepts of value and preciousness.
As different cartographies, contemporary jewels map and evoke new worlds and histories; they offer new languages and confront the viewer and the wearer to new perspectives and new interpretations.
Under the common vault of contemporary jewellery, materials surface as a formal language, the one that identifies an artist. Nevertheless, each Artist is always his/her own work: in each piece life blooms, emerges and marks a moment; the formal language reveals itself through the use of a specific material.
As a language, it evolves over the years and it finds similarities among the great variety of contemporary jewellery world creating unexpected connections and links.
The exhibition MATERIO-TALK, organized by the French Artist Sébastien Carré, focuses on the use of a specific material as a form of language and all the possible connections with other artists who are using the same material.
The themes proposed in this exhibition gather four French contemporary jewellers to four International contemporary jewellers, in order to investigate how the use of a common and specific material as a formal language can be achieved from two different sides, exploring the artistic process and all the connections between the artists.
The artists, called to create a piece for each theme, were called also to create two jewels on their own specific subject, one using the material that the other artist will have used. In addition to this, the second piece had to contain an additional word, the one that the other person in the team will have used to describe the work of his teammate. In this sense, the talk of material becomes a tangible conversation and dialogues are in front of our eyes.
One of a fascinatingaspect of the exhibition Materio-Talk has been the fact each artist had to choose a specific word in order to describe the work of his/her own teammate. From one single lemma all the Artists involved in this project developed their own languages in constant reciprocity with their own fellow member, giving life to a tangible, yet peculiar dialogue on forms, ideas, and jewels, able to convey great subjects in a small size.
As an invited collaborator of this group, I here add my own word able to embrace the whole production of Materio-Talk: transformation. / Nichka Marobin

 

Les Ateliers de Paris
30 rue du Faubourg Saint-Antoine
75012 Paris
(M° Bastille)
Tél. : 01 44 73 83 50
http://www.ateliersdeparis.com

17/11/2011

« De l’organe à l’ornement » – Monique Manoha – Colloque

Actes du colloque international Projections : des organes hors du corps (13-14 octobre 2006)

Si mon attention fut immédiatement retenue par l’appel à communication «Projections : des organes hors du corps», c’est que dix années de pratiques dans le champ du bijou et de l’objet d’ornement m’ont régulièrement confrontée à des «organesornements», et ce, qu’il s’agisse d’objets anciens ou de créations d’artistes contemporains. Or ces diverses productions ne manquent pas de soulever de multiples questions. Quels sont les organes ainsi utilisés ou représentés et pourquoi ? Quelles sont les modalités de leurs représentations ? Pour servir quels propos ou quels intentions ? Qu’ont-ils à nous apprendre du rapport à l’ornementation et au corps ? Nous nous intéressons dans un premier temps à ce que l’histoire nous offre comme exemples d’objets et, par-là même comme pistes de réflexions et d’analyses.

C’est depuis des temps forts anciens que l’homme joue de la représentation d’organes pour ses bijoux, au nombre desquels les plus utilisés sont incontestablement les organes sexuels externes, les mains et les yeux. Ainsi, les nombreux bijoux ornés d’un phallus –symbole et image de l’énergie vitale et créative liés à un organe procréateur– sont connus pour offrir prospérité et protection. Si, à Rome, ils ornent tout particulièrement des bagues d’enfants des deux sexes, ils vont au fil des périodes et des régions trouver également des déclinaisons en pendentifs de tailles et matériaux variés (os, ivoire, céramique, métaux…). Et aujourd’hui encore, le port du fica, représentant un poing refermé sur un pouce tendu entre index et majeur, et dont l’usage remonterait à la période étrusque, est courant. Ici, le principe actif est le leurre. En effet, l’obscénité flagrante du geste ainsi mis en image a pour objet d’attirer l’attention des mauvais esprits, et de détourner leur intérêt du porteur, potentielle victime de leurs agissements. Bien entendu, les organes sexuels masculins ne sont pas les seuls représentés, et il nous est aussi possible de citer l’usage du cauri –petit coquillage qui sur sa face dorsale illustre le sexe féminin– ou encore celui du triangle dans les ornements touaregs –expression stylisée du triangle pubien– comme des figures de base d’un monde de fécondité. La main bénéficie également de multiples représentations dans l’ornement, parmi lesquelles l’exemple que nous connaissons tous sous l’intitulé de «Main de Fatma», usité dans le Maghreb et les pays musulmans. Cette amulette fixe le geste d’une maindont la posture illustre clairement qu’elle repousse, fait barrière, voire impose la limite, et est généralement associée à diverses sourates du Coran –dont celle de l’Aube Naissante :

Je cherche refuge auprès du seigneur de l’aube naissante contre le mal de la nuit obscure quand elle vient sur nous, et contre le mal de celles qui soufflent sur les noeuds etcontre le mal de l’envieux qui porte l’envie.1
En Amérique latine par contre les amulettes en forme de mains –connues depuis 4000 ans et encore largement usitées– s’attachent à une autre fonction de l’organe. Ici, la main qui qui semble avoir un rôle à jouer est celle qui manipule, travaille, permet commerce et échanges. Selon ce qui en agrémente la paume, l’amulette aura des effets variables, appelant les bienfaits –fortune, santé, prospérité…– pour qu’ils «remplissent les mains de son porteur», ou au contraire projetant les soucis vers la main de quelqu’un d’autre 2.

Khamsas, Tunisia: Mains de Fatma – Tunisie – Argent filigrané

L’oeil lui, qu’il s’agisse d’un «oeil d’Horus» –usité depuis l’Egypte Antique– ou d’une pendeloque en perle de verre bleu –à la manière de celles distribuées en Turquie ou dans divers pays méditerranéens– confronte le mauvais oeil, craint par-dessus tout, en lui opposant un oeil puissant. Ici, moins qu’à une représentation de l’oeil du porteur,«l’oeil-ornement» est un emprunt à une toute puissance extérieure. La conception, tant du mauvais oeil que de l’oeil protecteur, se fonde sur une représentation ancienne du fonctionnement de l’organe très différente de sa réalité physique telle qu’elle est aujourd’hui connue. En effet, toute cette construction se base sur l’idée que l’oeil n’est pas un récepteur d’informations et de lumières mais un émetteur de rayons, d’influx. Ces derniers sont source de crainte, puisqu’ils peuvent blesser et atteindre, mais portent également la possible parade, le mauvais rayon pouvant être réduit à néant par un rayon positif… L’usage des morceaux de miroirs dans le vêtement ou la parure ne fait que poursuivre cette même idée : le mauvais oeil se confrontant à son propre reflet s’autodétruit ou tombe en admiration… mais dans tous les cas perd son pouvoir sur autrui. Nous pouvons donc considérer que la fonction première de ces «organesornements» est celle de l’amulette, du charme ou encore du talisman, protégeant, apportant chance, santé et prospérité ou offrant des pouvoirs magiques3 à ses porteurs. Ces divers objets se saisissent des fonctions de l’organe représenté pour les fixer avant de les ramener sur le corps du porteur, leur délégant un rôle actif permanent.
Néanmoins, l’usage de «l’organe-ornement» ne se cantonne pas à ce besoin de protection ou à cette recherche de mieux-être. En effet, nous pouvons également noter que l’organe est très souvent utilisé comme composant d’un vocabulaire symbolique destiné à conserver un message. Deux mains entrelacées sur une bague gardent vivace la force d’une amitié malgré la séparation –au-delà de la mort même, ce qui explique la présence de cette même iconographie sur certaines pierres tombales. Deux petits coeurs accolés signent les accordailles et disent les coeurs blottis l’un près de l’autre pour prendre soin d’un même amour. Deux mains enserrant un coeur notifient un amour confié. Une bague portant un coeur et un L gravé disent à quel point «mon coeur est à elle», etc. Cet usage est encore aujourd’hui très fort, et décliné dans de multiples objets de la grande distribution, dont un des exemples peut être un coeur coupé en trois morceaux dont chacun est un pendentif, et portant l’inscription «Best Friend» qui peut ainsi servir d’expression sentimentale à un groupe d’amies. Ici, symbolismes, représentations et interprétations révèlent les fonctions affectives et sentimentales attribuées à la gestuelle de l’organe, disant combien le corps est objet de constructions. Dans l’histoire donc, les exemples ne manquent point –bijoux de riches ou de pauvres, de matières nobles ou non –et nous pourrions ainsi poursuivre l’inventaire à l’infini ou presque, puiser dans des cultures multiples, y rechercher ces «organesornements» et les raisons d’être de leurs conceptions et usages ; mais l’intérêt du propos n’est sans doute pas là. Partant de ce succinct état des lieux de la tradition de cette pratique, intéressons-nous maintenant aux travaux de quelques artistes du Bijou Contemporain, qui apportent de nouvelles tonalités à l’usage de l’organe dans l’ornement.

En premier lieu, il semble nécessaire de définir ce que nous nommons Bijou Contemporain. Ce mouvement, né après la seconde guerre mondiale mais en germe depuis le début du XXe siècle, regroupe des artistes qui, bien que maîtrisant un certain nombre de techniques artisanales propres au domaine de la bijouterie et de l’orfèvrerie, placent leurs recherches loin des seules préoccupations formelles de l’orfèvrerie et de l’artisanat d’art. Ils interrogent l’objet même de leurs recherches, à savoir le bijou, tout en élaborant un «parler du corps» ou même un «parler au corps», offrant à ce dernier des parures pour ce qu’il est ou est susceptible d’être, pour ce que les perspectives et interrogations contemporaines en ont dessiné ou redessiné. Ne reniant rien de l’histoire et de la tradition de leur «métier», ils en jouent et les réécrivent dans ce qu’ils perçoivent comme réalité actuelle. Mal connu en France, bien qu’il y possède quelques brillants représentants, ce mouvement est très fort dans d’autres pays européens, tels les Pays-Bas, la Belgique, l’Allemagne, et maintenant les pays méditerranéens (Portugal, Italie, Espagne…) et les pays de l’Est (Estonie, Tchéquie…) qui possèdent de nombreuses écoles, événements, galeries spécialisées et outils critiques. Comme on le voit, c’est bien de propositions d’artistes dont il va être question à présent, artistes créant des bijoux dont l’usage est certes moins généralisé que les objets historiques présentés plus haut, mais dont on peut estimer qu’ils sont à l’avant-garde des évolutions d’une pratique.

Nous entamerons ce parcours par les travaux de la bijoutière Inni Parnanen, hollandaise d’origine finnoise, qui a produit en 2002-2003 une série de pièces dénommée Extraorganes – que nous pourrions traduire par Organes externes, véritable ode à la peau, magnifique interface entre dedans et dehors, entre soi et le monde : peau tout à la fois espace et actrice de la médiation sensorielle. Ces pièces, montées comme des broches ou des pendentifs, sont réalisées en parchemin –peau de porc tannée. Le parchemin, translucide et laissant nettement apparaître les veinules de la peau, permet de dessiner de petites structures sphériques ou ovalisées, comme de petites poches,
unies les unes aux autres par un fil de soie. L’artiste présente ce travail par ce texte :

« L’organe est une partie d’un être humain, d’un animal ou d’une plante remplissant une fonction déterminée, la peau est organe. La peau est aussi le premier ornement de l’homme.
De la peau vient le parchemin. Le bijou est un accessoire, à l’origine un symbole de victoire devenant ornementation de la peau. Parallèlement aujourd’hui la chirurgie plastique remanie le corps, sa forme, sa beauté. Le fil de soie reliant les différentes parties des extra-organes parcourt la peau : par la peau, sur la peau, sous la peau et dans la peau
« .

Bien sûr confrontés aux recherches et écrits de Didier Anzieu4 ou encore François Dagognet5, nous voici en proie à de multiples pistes de réflexions, dont nous n’avons malheureusement pas le temps d’explorer tous les possibles. La peau, ornement premier, premier lieu de l’ornement, dit bien que notre condition même d’humain ne sait échapper à cette réalité qui l’entoure, le limite, et réduit son échange avec autrui au mieux au contact d’une peau sur une autre, et aux sensations que ces deux peaux perçoivent et émettent. Mais les pièces de Inni Parnanen, par le fil qui en relie tous les éléments «par, sur, dans et sous» la peau nous invitent également, et clairement, à penser notre rapport contemporain à la chirurgie plastique ou reconstructrice, rapport dont quelques débats publics récents ont su nous rappeler combien il n’avait rien d’anodin… Et cette référence n’est-elle pas renforcée du fait que, plus que toute autre, c’est la peau de porc qu’elle a choisi de travailler ? Devons-nous considérer comme un pur hasard que cet animal soit, par ailleurs, au coeur des recherches et des enjeux sur les xénogreffes pour sa grande proximité corporelle avec l’humain ?

Inni Pärnänen, "Extra Organs" neckpieces, 2003. Parchment, silk thread, mother of pearl. Reproduced from http://www.inni.fi/gallery: Inni Parnanen – Extraorgan – Collier peau de porc parcheminée et fil de soie – 2002 – Tous droits réservés.

Cette mise en question du corps dans les bijoux d’Inni Parnanen existe également dans une série de pièces plus récente : « La belle au bois dormant« . Conçue en 2004, après la naissance de sa fille, il s’agit d’une série d’anneaux sur lesquels sont accrochés en pendeloques des sexes-corolles féminins, sculptés dans de fines plaques d’argent fin, et colorés dans des tons nacrés évoquant coquillages et perles. Il s’agit pour elle de jouer tout à la fois des usages de la bague dont elle rappelle que «de tous temps, embrasser une bague fut signe de soumission et respect», mais aussi du baise-main, «signe d’estime et de tendresse respectueuse», pour mettre en valeur sa certitude de «l’importance de chérir et respecter la féminité». Et jouant d’une proximité formelle entre sexe féminin et coquillage, ne s’inscrit-elle pas dans une tradition de la représentation et du symbole où érotisme et fécondité s’entrecroisent, et qu’en leurs temps des artistes tels Le Titien ou Botticelli ont bien illustré dans leurs Naissance de Vénus ? Ne pouvons-nous lire dans le rapprochement qu’elle propose, le temps d’un baiser, entre bouche et sexe, une allusion évidente à la sexualité ? Son traitement des matières, des couleurs, la fragilité visuelle de ses pièces contraignant porteurs et spectateurs à l’attention ne soulignent-ils pas sa volonté de respect et de tendresse, le geste du porteur ou de celui qui le touche, déchargés de ces notions pouvant endommager la bague ?

Inni Parnanen La Belle au Bois Dormant – pendant Argent fin: Inni Parnanen La Belle au Bois Dormant – pendant Argent fin – 2004 Tous droits réservés.

Traduire en objets des questions de sexualité est également au coeur de la démarche de la Strasbourgeoise Cathy (Catherine) Abrial. Elle conçoit ses Bagues Poilues comme une illustration du rapport entre sexualité et relations sociales et affectives. Chacune de ses bagues est associée à une petite annonce découpée dans les rubriques Rencontres de diverses publications. Ces annonces peuvent venir d’hommes ou de femmes, et sont de caractère aussi explicite que «Femme, 48 ans, physique agréable, délaissée, désire faire connaissance avec monsieur 50/60 ans, bon niveau, de préférence marié, gentil,compréhensif, pour partager moments agréables» ou énonçant un désir plus large «Dame libre, caractère et physique agréable, désire rencontrer monsieur veuf ou divorcé, 50-60ans, pour sorties, voyages et plus si affinités». Elle conclut et résume son travail d’une manière qu’elle veut tout à la fois tendre et cynique : «Au fond tout se ramène toujours à enfiler une bague poilue». Et nous voici, nous spectateurs, renvoyés à ce que nous décrit Jacques Ruffié des stratégies élaborées par le vivant pour se transmettre, se reproduire, se poursuivre… au nombre desquelles la culture, et bien évidemment la culture amoureuse6.

http://abrial.catherine.free.fr/images/photos/innommable_poilues.jpg
Cathy Abrial– Bagues poilues – Maillechort, laine et extraits de presse – 2003 – Tous droits réservés

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un organe, un autre élément corporel, le cheveu, appartient par  excellence au rapport aimant et charnel. Les traditions poétiques le savent bien et l’ont assez chanté. Puisant dans la tradition des bijoux en cheveux, matériau depuis longtemps collecté dans des foires et marchés ou dans l’intimité des familles pour devenir parure, Ana Goalabré se joue de cet usage en coupant une de ses mèches et en y taillant une bague qu’elle envoie à un homme accompagnée de la missive «J’aimerais tant passer mes doigts dans tes cheveux». Cette phrase, appel érotique d’un corps d’artiste, devient le titre d’une série déclinant divers contenus aimants et sensuels, traditionnellement gardés jusqu’alors implicites au nom d’une morale et d’une bienséance rigoureuse et qui tout à coup semblent avoir gagné le droit de dire clairement le désir, qu’il s’agisse de celui d’une mère, d’un père, d’une amante, d’un amant… et ce dans toute sa trivialité. Pourtant, il n’y a aucune charge obscène dans ces bagues. Qu’elles soient très travaillées ou reprennent le mouvement naturel d’une mèche de cheveux, elles nous renvoient à nos jeux tactiles dans les cheveux de l’autre, en fixant le mouvement, image arrêtée puis détachée du corps pour n’en garder que la sensation.

Ana Goalabré - bagues 'j'aimerais tant passer mes doigts dans tes cheveux' 1997
Ana Goalabré – J’aimerais tant passer mes doigts dans tes cheveux – Cheveux et résine – 1997  tous droits réservés.

Explorer cette trivialité du corps est à la base du travail de Sophie Hanagarth, artiste d’origine suisse, aujourd’hui responsable d’enseignement «Parure du corps» à l’Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg. Elle a lié ses premières recherches à la phrase d’Antonin Artaud, «Là ou ça sent la merde ça sent l’être». Créant les immenses parures sautoirs Excréments, il est bien évident qu’elle provoque ses spectateurs. En effet, elle s’applique à faire accéder au titre d’ornement des productions du corps habituellement cachées, souvent perçues comme honteuses ou difficiles à assumer. Nous voici alors projetés face à la question du choix, du tri, de l’établissement des échelles de valeurs à partir desquelles va s’établir le jugement sur ce qui est digne d’être montré et ce qui doit rester une affaire de l’ombre, de l’intimité silencieuse et discrète.

Sophie Hanagarth - Médailles merdeuses, broche, cuir, fer-blanc, 2001-  -Shitty medals, brooch, leather, tin can, 2001-  http://sophie.hanagarth.free.fr/files/gimgs/vermerdaille.jpg: Sophie Hanagarth Médailles merdeuses – Broches – Fer oxydé tous droits réservés

Mettre en avant, mettre dehors, ramener à la surface du visible et au service de l’apparence ce qui est usuellement considéré comme un déchet est un geste qui atteint sans doute son paroxysme dans la série des Médailles Merdeuses. S’emparant de la médaille, objet de valorisation par excellence, signant la reconnaissance sociale de mérites multiples –politiques, économiques, guerriers, familiaux, etc.– l’artiste assume sans conteste sa volonté de reconnaître les mérites des travaux silencieux, quotidiens, souterrains de nos corps et aux produits qui en résultent. Sophie Hanagarth poursuit ses recherches par les Vermines, série de broches mettant en scène des insectes et micro-organismes surdimensionnés, créés dans du fer rouillé. Là encore, ce qui l’intéresse au plus haut point est de s’emparer de cette partie de notre histoire corporelle qui provoque un frisson d’horreur et que nous cherchons à faire taire, à nier en ne la nommant pas, à oublier. Puisque, au bout du compte, ces Vermines consommeront notre corps, et grouillent d’ores et déjà à sa surface, l’artiste nous invite à les accepter comme une part de l’humain, et comme tels à les honorer, les assumer en les faisant parures.

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Sophie Hanagarth – Vermines – Broches – Fer oxydé – Tous droits réservés

Dans un travail récent, elle se joue de l’expression Bijoux de famille. Elle en use pour décliner une série de colliers, dans des matériaux multiples allant du fer rouillé à la silicone, objets destinés tant à des hommes qu’à des femmes, portés longs et qui viennent placer sur l’aine des bourses de résine souple, conservant parfois certaines caractéristiques –toucher, pilosité…– du scrotum. Là encore, cet usage d’organes parfois traités de honteux et pourtant largement emprunts d’une valeur essentielle, inscrit le travail de l’artiste dans les questionnements sur la construction culturelle et sociale du corps, dont nous sentons bien ici les emprunts aux gender studies. Pourtant, son titre, volontairement ironique, nous invite également à un parcours réflexif sur les questions de la transmission patrimoniale, mais sans doute aussi culturelle, voire génétique.

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Sophie Hanagarth Bijoux de Famille Collier –capsules de bière  1997

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Sophie Hanagarth Bijoux de Famille Collier – Silicone – 1999 Tous droits réservés.

Cette notion de génétique, et par conséquent de constitution cellulaire, ne peut que nous conduire au travail de l’artiste Canadien Paul McClure, qui a construit son travail entre science et art visuel. Mettant l’imagerie médicale au service de ses objets, il reproduit des images de cellules fournies par une observation au microscope en une multitude de broches d’argent ou de cuivre enduites de résines colorées. Il se dit inspiré par leurs qualités formelles et primordiales, dans lesquelles il puise la possibilité de développer l’idée de «la vie comme principe ornemental». Mais, allant jusqu’à la représentation de structures cellulaires mitotiques, présentes seulement lors des phases de division cellulaire, il fait écho au mouvement perpétuel et insaisissable du vivant, tout en éclairant magistralement la dualité de la partition et de l’accroissement. En effet, si les cellules croissent pour donner la vie, elles peuvent parfois également le faire pour donner la mort, comme dans le cancer.

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Paul McClureCells, (broches), 1999-2002 silver, gold, copper, resin, neodymium, magnets, glass petri dishes

Et cette étroite imbrication entre vie et mort nous amène, pour terminer notre rapide tour d’horizon, aux travaux de Nanna Melland, artiste norvégienne résidant à Munich. Elle pense que «la technologie actuelle est la cause d’une complète aliénation de l’homme moderne par rapport à sa propre vie». En se voyant livrer des images du monde à une vitesse vertigineuse et au travers du filtre des pixels il perd le sens de la réalité de sa mort et cette dernière devient un genre de spectacle de l’ordre du «divertissement médiéval». Toute la démarche de Melland commence à une période où elle travaille dans la bijouterie industrielle. Créant une multitude de pendeloques en forme de coeur, elle se demande : «Qu’est-ce que j’offre dans ce symbole d’amour romantique à souhait ?» Pour tenter de répondre à cette question, elle délaisse l’espace clos et protégé de son atelier d’orfèvre pour s’ouvrir à d’autres conceptions, étudie l’anatomie, guette le coeur au milieu de réalités toutes différentes de celles auxquelles elle est habituée. Dans ses visites d’abattoirs et de boucheries, elle rencontre les odeurs fortes, le dégoût, la nausée, la chair et la matière, mais aussi la mort dans sa réalité. Par réaction, elle veut exprimer la vie. S’ouvre alors l’univers de la recherche sur les xénogreffes, et la découverte de la proximité entre le coeur de porc et le coeur humain, si forte que depuis 1968 on utilise des valves de porc pour réparer certains accidents mitraux humains, et qu’on envisage de plus en plus sérieusement l’élevage de porcs génétiquement modifiés pour utiliser leurs organes dans des transplantations humaines.

Elle met en scène son premier bracelet Heartcharm, dans lequel un coeur de porc plastiné vient s’insérer au milieu de multiples pendeloques argentées –fer à cheval,trèfles…– révélant ses pensées face à ce qu’elle voit naître «une frontière entre vie etmort, science et nature, quelque chose qui fait jaillir beaucoup de questions».

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Nanna Melland – Heartcharm – Bracelet – Résine, Coeur de porc, bracelet et pendeloques argentés
2003 – Tous droits réservés.

Puis, s’intéressant à la fonction essentielle de pompe de l’organe cardiaque, elle commence à mouler l’espace intérieur de coeurs de porcs, cet espace où circule le sang dans son mouvement vital pour nous. Une fois les moulages pris, elle les désincarcère de la chair leur ayant donné forme, et les place dans de petites sphères de verre devenant des broches et des pendentifs, reliquaires étranges baptisés Fragments de Vie. Ces reliques, qu’à première vue on peut imaginer être des végétaux desséchés ou momifiés, lui permettent d’amener l’intérieur vers l’extérieur, exposant «l’espace secret du coeur physiquement et métaphoriquement» en vue de faire transparaître «la fantastique fragilité de la sensation de la vie».

Nanna Melland Fragments of life Pendentif Résine, verre, acier et argent fin 2004 tous droits réservés.

C’est au cours de la réalisation des Fragments de Vie que naissent les Heartrings, bagues-coeurs issues des restes de viande, veines de coeur qui la frappent par leurs tailles s’adaptant parfaitement à un doigt humain, anneaux de l’intérieur pour orner l’extérieur. Moulés en métal précieux, les anneaux de viande transforment la réaction première de dégoût face à de restes corporels en un sentiment d’admiration et de reconnaissance, et entraînent vers un autre questionnement, celui «de notre rapport au corps que nous habitons, et qu’il semble que nous ayons beaucoup de mal à faire nôtre, et à reconnaître comme nôtre».

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Nanna Melland – Heartrings – Bagues – Argent peint, or fin, argent oxydé et laque – 2003 Tous droits réservés.

Dans le prolongement de cette idée, elle crée le collier Décadence, pour la réalisation duquel elle conserve pendant plus d’un an les rognures de ses ongles à chaque fois qu’elle les coupe. A l’issue de cette collecte, moulées dans de l’or fin et minutieusement assemblées sur un fil de lin rouge elles deviennent collier. L’artiste raconte : «l’inspiration pour faire cette pièce, est venue de la découverte de mon dégoût pour les ongles. Pourtant ils peuvent sembler beaux sur le doigt, mais dès qu’ils tombent dans mon potage, c’est une histoire différente». Elle dit s’être sentie coupable après avoir accompli cette pièce : «vu le monde où nous vivons, avec tellement de pauvreté et de douleur, j’ai éprouvé un certain dépit face à ma capacité à faire quelque chose d’aussi indigne, impudent que mouler mes propres déchets corporels en or». C’est pourquoi elle a choisi de l’appeler Décadence. Cette pièce devient un quasi manifeste. En usant d’un matériau corporel que l’usage nous a appris à peindre, percer, limer pour servir notre ornementation, mais aussi à considérer comme un déchet repoussant et sale dès qu’il est détaché de nous, l’artiste met là encore en lumière notre rapport au propre et au sale, au beau et au laid. Immortalisant la rognure d’ongle en or –matériau de la pureté et de la permanence–, conservant avec exactitude sa forme et sa taille dans une forme de Vanité contemporaine, elle nous rappelle le caractère éphémère de l’ongle, sa croissance permanente qu’il faut dompter et contrôler. Faisant du précieux avec du non précieux –voire du sale–, elle signifie à quel point notre corps est vivant en dehors de nous, de notre volonté et de notre contrôle, dans le mouvement perpétuel de la vie qui fait battre notre coeur, pousser nos ongles et nos cheveux. Lors de sa présentation dans des expositions, il est intéressant de constater combien la matière or du collier attire d’emblée le public qui vient le contempler, puis prenant conscience de ce à partir de quoi il est fait, s’éloigne, décontenancé voire franchement écoeuré, et pouvant lancer des
remarques comme «porter mes ongles à la limite, mais ceux de quelqu’un d’autre quelle horreur».

Nanna Melland Necklace: Decadence, 2000 - 2003 Goldcast finger and toenails, linen 50 cm Photo by: Nanna Melland: Nanna Melland Necklace: Decadence, 2000 - 2003 Goldcast finger and toenails, linen 50 cm Photo by: Nanna Melland:
Nanna Melland – Decadence – Collier ( & détail) – Or fin et soie – 2004 collection Galerie Marzee – Tous droits réservés.

Comme on le voit, la limite de l’organe a parfois été dépassée dans la présentation de ces travaux, pour se déplacer vers l’usage d’éléments corporels projetés à la surface, devenant apparents, et servant l’apparence. Ce franchissement volontaire avait pour but de mieux éclairer le propos, outre un relevé des pièces et artistes existants (non exhaustif loin s’en faut), il faut en effet maintenant se poser la question du sens de ces productions et de ces parcours. Sans doute, nous éclairent-ils sur le changement de statut du corps ayant permit leur production et leur diffusion sans trop de heurts. Bien sûr, toutes les préoccupations de l’art des années 60-70, les multiples volontés de révéler un corps réel et organique ont-elles ouvert la porte à ces travaux, de même que toutes les expériences performatives et la défiguration du corps qui en a résulté. Cette jeune génération d’artistes offre une image d’adoucissement, dans ses travaux, tout comme dans la manière dont elle les met en scène, un adoucissement qui pourtant ne semble pas conduire à un délitement délitation du contenu. Leurs expressions sont moins revendicatrices ou révoltées, elles appellent le public à des expériences sensuelles et sensitives plus intimistes, plus ludiques également, comme empreintes d’une permissivité gagnée, de tabous déjà tombés ayant créé de nouveaux espaces d’expression possibles. Le corps et ses éléments deviennent oeuvres et ornements ou au moins semblent mériter d’être traités ainsi dans leur matière même, et non plus uniquement dans leurs projections ou leurs dimensions symboliques. En effet, même transfigurés par le passage de l’organique au métal ou à la résine, c’est bien l’organe en tant que tel qui est chanté, sa réalité charnelle, son mouvement, sa fonction, ses résidus, son action. Ce qui dans une société contemporaine qui fait l’apologie du bien-être ou du mieux être dans son corps, avec le développement d’une multitude de pratiques alternatives, ne peut qu’aller de soi.

Mais n’oublions pas qu’il est question ici d’une production liée au domaine du bijou et de l’ornement corporel, éléments qui condensent le double mouvement du normatif et de l’individualisation, interfaces significatives tant de notre insertion que de notre expression sociales, marqueurs et outils choisis (voire subis) de la construction de soi7.Or, à étudier l’histoire de ces bijoux et de ces ornements, nous découvrons que les matières, les techniques et les formes qui leurs ont donné corps parlent des multiples frontières franchies par celui qui les conçoit et celui qui les porte. Il y a tout d’abord les frontières géographiques (une nouvelle région découverte amenant de nouveaux types de matériaux jusqu’alors inconnus), culturelles (la confrontation avec d’autres populations maîtrisant d’autres techniques ou d’autres conceptions, qui fait naître de nouvelles formes), techniques et scientifiques (nouvelles possibilités d’extraction de matériaux, mise au point de nouveaux alliages, conception assistée par ordinateur en sont divers exemples), économiques, cultuelles, socio-économiques, etc. Mais il s’agit aussi des frontières individuelles : objets de naissance, baptême, communion, mariage…pour ceux socialement signifiants dans le monde occidental, mais également objets choisis de manière plus personnelle pour garder le souvenir d’une étape ou d’un moment décisif ou vécu comme tel.

Pouvons-nous alors supposer que la récente éclosion de ces multiples travaux sur les «organes-ornements» devient l’indicateur d’une frontière franchie ? Peut-être pouvons-nous considérer que le choix d’user majoritairement d’organes frontières (peau,organe génitaux, intestins, etc.) n’est pas le pur fruit du hasard, et que nous approchons d’une époque admettant la circulation entre dedans et dehors. Toute limite tombée n’en révèle-elle pas une nouvelle, inspirant le désir de son exploration, de son expertise, voire de son franchissement ? Cette acceptation, éclairée par les travaux sur et autour du mutant, nous conduit à une ultime question : quels seront les «organes-ornements» de demain ?


Bijoutière et plasticienne de formation, Monique Manoha a délaissé l’atelier à partir de 1999 pour créer la Biennale du Bijou Contemporain de Nîmes (4 éditions : 1999, 2001, 2003 et 2005), fonder Le Porte Objet, structure de promotion du Bijou Contemporain, et le GERCO (Groupe d’Etudes et de Recherches Corps et Objet), en charge de colloques et journées d’études sur le bijou. Auteure de divers articles sur l’objet bijou (dont « Bijou », Dictionnaire du Corps en Sciences Humaines et Sociales, dir. B. Andrieu, CNRS Editions,2006), elle a coordonné l’édition de Corps et Objet – Actes du colloque de septembre 2003 (Le Manuscrit Universitaire, 2004) et de Corps et Objet : du bijou… (L’Harmattan, à paraître). Elle travaille aujourd’hui audéveloppement du Pôle Bijou de la Communauté de Communes de Baccarat (54).

1 Cf. Wassyla Tamzali, ABZIM – Parures et bijoux des femmes d’Algérie, Dessain et Tolra, Entreprise Algérienne de
presse, 1984.
2 Cf. Sheila Paine, Amulets – a world of secret powers, charms and magic, Londres, Thames et Hudson, 2004.
3 Sheila Paine, op. cit.

4 Didier Anzieu, Le Moi Peau, Paris, Dunod, 1985.
5 François Dagognet, La Peau découverte, Paris, Synthelabo, « Les Empêcheurs de penser en rond », 1998.

6 Jacques Ruffié, Le Sexe et la mort, Paris, Odile Jacob, « Poche », 2000 
7 À ce sujet voir Monique Manoha, «Bijou», Dictionnaire du corps en sciences humaines et sociales, Bernard Andrieudir., Paris, CNRS Editions, 2006 ; Corps et Objet, actes du colloque des 19 et 20 septembre 2003, P. Liotard et Monique Manoha dir., Le Manuscrit Universitaire, 2004 ; et Corps et Objet : du bijou, Monique Manoha dir., L’Harmattan, «Le Mouvement des Savoirs», à paraître . 

Pour citer cet article, utiliser la référence suivante : MANOHA Monique, « De l’organe à l’ornement », in H. Marchal et A. Simon dir., Projections : des organes hors du corps (actes du colloque international des 13 et14 octobre 2006), publication en ligne, www.epistemocritique.org, septembre 2008, p. 137-151.
Pour joindre l’auteure  : manohamonique
@hotmail.fr

 

11/11/2010

EXPO ‘Åsa Skogberg – Bodywise’ – Galleri100+, Lidingö (Sweden) – 11-21 Nov. 2010

Classé dans : Asa SKOGBERG (SE),Exposition/Exhibition,GALERIES,Suede (SE) — bijoucontemporain @ 0:04

Body Wise – Une exposition sur le corps et les bijoux.

« … it is a mix of my photo work on body related concepts like pearls, gum drops attached to the skin and a necklace of kiss marks, hickies. Then also designed silver jewelry containing ingraved comments from customers that I have met through the years, like « I am a silver person », « you can not wear gloves » ……….  (Asa Skogberg)

EXPO 'Åsa Skogberg - Bodywise' - Galleri100+, Lidingö (Sweden) - 11-21 Nov. 2010 dans Asa SKOGBERG (SE) vernissageasaskogberg20101112

man_20cm_72dpi dans Exposition/Exhibition

« Asa Skogberg est une artiste qui travaille avec l’accent mis sur les bijoux et le corps. Dans l’exposition, Body Wise, elle montre des photos de cadavres vêtus de gelée de framboise, de perles de culture et de pétouilles. Parallèlement à ces images affichées, est présenté son travail sur le bijou, principalement en argent avec des citations gravées dans le métal. Ces déclarations sont fondées sur des années d’observations recueillies sur des bijoux, des personnels des «déclarations» de ce bijoux est et fait, de personnes qui Asa Skogberg rencontrées dans leurs activités.
Bien que ces re-utiliser des expositions de l’homme de bijoux est typique de la façon dont Asa Skogberg travaille, les bijoux exposés raconte des pensées de l’utilisateur sur les bijoux et les photographies exposées reflètent les fantasmes et des idées sur la façon d’un bijou doit être porté.
Asa Skogberg revient souvent à l’observateur:
- Il est le spectateur de mon travail, le client ayant acheté un morceau de bijoux de moi, que l’histoire commence. Ce n’est que lorsque mon travail répond à un corps, une personne, crée un sentiment réel. Un bijou sans corps est littéralement vide de sens.
Asa Skogberg sont formés sur l’Ordre des Arts et co-fondateur de Platine à Stockholm, une galerie de bijoux contemporains internationaux. Depuis 2010, elle dirige son propre studio et une boutique en Vasastan et est actif en tant que conférenciers et enseignants en particulier, l’École des métiers d’art et de design à Göteborg, Nyckelvik School et l’Université de Stockholm.
– Je me vois comme un entrepreneur de bijoux. Mon ambition est de transformer et d’approfondir la perception de ce que le bijou est et peut signifier – et inciter les gens à choisir les bijoux qui porte sur leur personnalité. Pour les bijoux sont de petits morceaux, mais importante de notre puzzle identitaire.
Åsa Skogsberg portrait de femme avec pétouilles autour de mon cou – intitulé « I Want Perles » – a été acheté récemment par le Musée national de Stockholm et est la seule pièce de bijoux que le musée achetés sous la forme d’une photographie.«  (traduction google ….. si quelqu’un veut bien m’éclairer sur ce que sont les « pétouilles » ………..emoticone )

 

 

Galleri100+
Herserudsvägen 3
181 34 Lidingö (Sweden)

02/08/2010

Le CORPS en morceaux ………. from ‘ANATOMY LESSONS’ exhibition

from ‘ANATOMY LESSONS’ exhibition, at « Taboo Studio« , San Diego (USA) 7 mai-18 juin 2010

Des bijoux qui représentent le corps humain, mais fractionné, bout à bout, comme des petits cailloux pour la mémoire semés par un Petit Poucet qui voudrait retrouver le (bon/droit) chemin ….

et, dès le départ, la série de Jessica Calderwood nous fait de l’oeil …..

Jessica Calderwood, Portrait of an Eye Brooch/Pendant, Enamel on copper, sterling, stainless steel
Jessica Calderwood -Portrait of an Eye’ Brooch/Pendant – Enamel on copper, sterling, stainless steel

http://greendragonladyvintage.files.wordpress.com/2008/11/calderwoodjblinkfront.jpg
Jessica Calderwood, Blink (enamel, copper and sterling silver)

See image caption.
Jessica CalderwoodAsymmetry’ Brooch- Enamel on copper, sterling, 18k foil. 

Jessica Calderwood, Portrait of a Nose Brooch, Enamel on copper, sterling, stainless steelJessica Calderwood, Portrait of an Ear Brooch/Pendant, Enamel on copper, sterling, stainless steel
Jessica Calderwood  -Portrait of a Nose’ Brooch Enamel on copper, sterling, stainless steel
Jessica Calderwood  -Portrait of an Ear’ Brooch/Pendant - Enamel on copper, sterling, stainless steel

Jessica Calderwood, Navel Brooch/Pendant, Enamel on copper, nu-gold, sterling, stainless steel
Jessica Calderwood - Navel Brooch/Pendant - Enamel on copper, nu-gold, sterling, stainless steel

Jessica Calderwood, Before and After Brooch (reversable), Enamel on copper, sterling, stainless steel, 18k foilJessica Calderwood, Before and After Brooch (reversable), Enamel on copper, sterling, stainless steel, 18k foil
Jessica Calderwood (US) – ‘Before and After’ Brooch (reversable) – Enamel on copper, sterling, stainless steel, 18k foil

« My most recent series consists of psychological portraits that address ideas of consumption and personal obsession using irony, humor and vibrant color. Using a combination of traditional metalsmithing processes, such as raising and die-forming as well as industrial processes such as laser-jet cutting, this work aims to merge contemporary enameled imagery with traditional forms.« ( Jessica Calderwood)

Le CORPS en morceaux .......... from 'ANATOMY LESSONS' exhibition dans Anne DONZE (FR) 548_2B1T3065
Diane Falkenhagen   « After Canova’s Paulina » Brooch/Pendant – 2010

cette broche de Diane Falkenhagen illustre parfaitement ce sentiment de « corps morcelé« , mis en pièce(s) ……

http://greendragonladyvintage.files.wordpress.com/2008/11/harrisondozenrosebuds.jpg
Julia D. Harrison - Rosebud Brooches -wood, lacquer, gouache, epoxy + more

Julia D. Harrison, Holler Brooches,
Julia D. Harrison (US) ‘Holler’ Brooches – wood

http://greendragonladyvintage.files.wordpress.com/2008/11/wauzynksismalldemands.jpg
Sarah J.G. Wauzynski, ‘Small Demands’ – brooch – sterling silver, egg tempera pigment, gold

See image caption.
Randy Long (US) – Brooch – Sterling, hand carved marble

See image caption.
Randy J. Long-  St.Sebastian Brooch – handcarved shell cameo, 22k gold

http://greendragonladyvintage.files.wordpress.com/2008/11/mllange-the-kiss.jpg
Margaux Lange, The Kiss (sterling silver, plastic and epoxy resin)

See image caption.
Kathleen Browne (US) – ’5 Moments’ brooch -fine & sterling  silver, enamel

« The images used in this series of jewelry pieces are appropriated from a pulp magazine printed during the 1950’s titled Secrets. The magazine photos were overly dramatic and stagy, both tragic and unintentionally comic, but somehow they captured the zeitgeist regarding female transgression. These reconfigured images freeze a moment in the daily drama of our lives and, set as jewels, they serve as paeans to the mundane.
By first manipulating, then converting these images to enamel decals (and firing them onto the surface) I can exploit the historical conventions of enameled portrait miniatures, and, in particular, 18th century decal transfers. Hand-painted enamel portrait miniatures were luxury items but with the development of the decal transfer process, in the mid-18th century, such jewels were affordable to a wider audience. Then as now the enameled image serves to provide a democratized view of time and place. » (Kathleen Browne)

anne donzé - qui a perdu son teton
Anne Donzé (FR) – ‘qui a perdu son teton’ – broche, fonte en argent

Pauline WIERTZ
Pauline WIERTZ (NL) – Bijoux ceramique – Boucles-citrines

33YCx dans Claire LAVENDHOMME (BE)
Yuyen CHANG (Taiwan) – Mao-Fa Series (Untitled Pendant) (2007) copper, enamel, copper wire, sterling silver

Yuyen Chang est cette artiste qui a fait une série de broches sur les « orifices » ………. c’est le moment où jamais de les présenter …. les broches, pas les orifices ……

photo of Orifice Broochphoto of Orifice Broochphoto of Orifice Brooch
Yuyen CHANG (Taiwan) -Orifice Series – Untitled Brooches – copper  – 2000-2002

Claire-Lavendhomme-5-440x271 dans COUP DE COEURClaire-Lavendhomme-1-440x271 dans Diane FALKENHAGEN (US)
Claire Lavendhomme - « Le plus profond c’est la peau » 2007. Bagues – argent, photo, résine, sable.

http://greendragonladyvintage.files.wordpress.com/2008/11/07_06feet.jpg
Melanie Bilenker, ‘Feet’ 2007 – brooch – gold, sterling silver, ebony, resin, pigment and hair

http://www.siennagallery.com/images/exhibitions-main/ek175.jpg
Esther Knobel -brooch- sterling silver with perforated (drilled) drawing sewn with iron wire

[kristenbeeler,+brooch.jpg]Beauty and Other Monsters at Velvet da Vinci Gallery,
Kristin Beeler (US)- brooches – drawing is ink on mother of pearl

http://www.swansea.gov.uk/media/images/c/o/1227.08Aspice_me_1.jpg
Ramon Puig Cuyas (ES) – broche

30300_115589165142911_100000754855215_87157_2798696_n dans Esther KNOBEL (PL)
Sally von Bargen – ‘Short Stories’ serie – ‘wish’

7c dans Gijs BAKKER (NL)6c dans Isabell SCHAUPP (DE)

Isabell Schaupp (DE) ‘hands’ series

 

et… ma dernière « trouvaille » … mais ne dit-on pas qu’on garde le meilleur pour la fin ? ;-)

[gijs.jpg]
Gijs Bakker (NL) – collier ‘Johnny Awakes’ – silver, photography – 1998


06/04/2010

« C’EST QUOI UN BIJOU CONTEMPORAIN ? » – SYLVIE LAMBERT

Depuis des années, Sylvie Lambert travaille dans le domaine du bijou contemporain, par la mise en place d’expositions, le suivi d’artistes, la rédaction d’articles et l’écriture d’un gros ouvrage sur la bague dans les années 2000. L’auteur du livre «La bague, parcours historique et symbolique» est actuellement engagée dans la recherche et termine une thèse de doctorat à l’université de la Sorbonne à Paris sur le bijou contemporain … Une thèse laissée en suspens il y a quelques années, un travail élaboré sous un angle complexe, en relation avec la réalité technique du bijou, une recherche approfondie sur les œuvres elles-mêmes, en particulier à travers les vitrines et au fond des réserves du Musée des Arts Décoratifs de Paris, du Victoria & Albert Museum de Londres et du Schmuckmuseum de Pforzheim. Les conservateurs lui ont ouvert toutes les portes, et Sylvie Lambert a pu étudier ces bijoux sous toutes leurs coutures !

ENTRE TECHNIQUE ET HISTOIRE DU BIJOU

C’est quoi un bijou contemporain ? Pour Sylvie Lambert, cette question renvoie immédiatement à cette autre interrogation bien plus large « Qu’est-ce qu’un bijou en général ? ». Les bijoux qu’elle nous montre semblent au premier abord bien loin de la haute joaillerie avec ses matières précieuses. Ils sont d’un autre type, ils ont été réalisés à base de soie, de polyester, de plexiglas, parfois en argent, en or, ou à travers un fossile ! Des bijoux surprenants ! Bijoux impossibles ! Bijoux importables ! Bijoux inconfortables ! Mais alors, de quoi est-il question avec ces objets ?

Dans un dictionnaire, la définition du mot «bijou» se présente comme un objet de parure dont la matière ou le travail est précieux… Pour Sylvie Lambert, cette définition est floue, et c’est bien tout le problème ! Le premier élément qui constituerait un véritable bijou serait donc la matière, et on imagine cette matière plutôt précieuse de par les métaux et les pierres. La valeur financière du bijou est donc accordée en fonction des matériaux, du coût du carat, du temps de travail effectué, et pourquoi pas de l’environnement marketing qu’il faudra développer pour vendre le bijou ! « Mais alors, comment comprendre ce collier de dents et fibres de Polynésie, ou encore ce pectoral en coquillages, graines, canines de porc, fibre et résine de Mélanésie ? » Bijoux ou pas bijoux ? Ces deux «objets d’ornement» ne peuvent exister sans un rituel précis et codé. On ne porte en effet pas ces bijoux pour se faire beau et se rendre à une soirée entre copains, on porte ces bijoux lors de cérémonies bien précises. Ils sont donc pensés et reconnus comme tels en Polynésie ou en Mélanésie… Et, ils ne sont pas constitués forcément d’or, de matières précieuses ! Ils n’ont pas d’environnement marketing ou publicitaire non plus !

Autre piste de définition, la finalité et la destination auxquelles on assigne le bijou : la parure du doigt, du bras, ou du cou. Mais alors, comment établir la différence entre un collier et une cravate ? Entre une collerette et une parure ? Un gant et une bague ? La manche d’un vêtement et un bracelet ? «Eh bien, ça ne marche plus du tout non plus ! puisque la matière n’est pas toujours précieuse, on peine dorénavant à dire qu’un collier est en métal et un vêtement en tissu !»

Autre hypothèse : est-ce que les circonstances sociales au cours desquelles on acquiert un bijou ou décide d’en porter un peuvent avoir une incidence sur sa définition ? «La bague de fiançailles que l’on acquiert le jour de ses fiançailles, l’anneau nuptial le jour de son mariage, la couronne du roi et de la reine le jour du couronnement ou, de manière plus proche de nous, les bijoux que vous avez choisi de porter ce soir, jour du vernissage de votre propre exposition, peuvent-ils nous renseigner sur ce qu’est un bijou ? » Ou encore, faut-il mentionner au contraire les circonstances où on préfère justement enlever le bijou, ne pas le porter… Les moments où on se lave les mains, prend sa douche, épluche des légumes, répare son scooter ou se glisse sous sa couette… Des moments du quotidien qui sont autant et surtout des questions d’usage !

Une définition «floue» du bijou… On n’est effectivement pas très avancé avec les notions de préciosité, de petitesse, de finalité sur le corps ou d’environnement social… Quant est-il des bijoux observés dans des rituels plus proches de nous géographiquement ? Dans la religion catholique, les ornements du pape comme la mitre ou la tiare sont portés essentiellement lors des cérémonies rituelles. En remarquant la dimension et le poids de tels ornements, on imagine bien qu’ils ne sont pas portables en permanence ! Pas vraiment confortables ! Autre concept qui se révèle donc insuffisant pour définir un bijou, celui-ci n’est pas forcément un objet confortable à porter !

En constatant toutes ces analyses, on se doit de reconnaître que le bijou ne peut être étudié que dans un cadre assez large, interdisciplinaire, mêlant bien évidemment la technique et l’histoire de l’art, mais aussi la sociologie et l’anthropologie. Comment donc y voir plus clair ? «En laissant les mots et en partant des objets eux-mêmes, on pourrait, il me semble théoriquement sortir de l’impasse. Partir au contraire de ce que les ouvrages fabriquent me semble se positionner au plus près de la réalité de leurs mécanismes. Avec le bijou, comme avec tout autre objet d’art, nous n’avons pas affaire à un problème de mots, mais d’objets, c’est-à-dire avec une diversité de matières, de fabrications (procédés, outils, gestes) qui impose tel ou tel problème à résoudre techniquement. »

Adopter une autre analyse

Il faut opter pour une autre analyse. Ne pas se contenter d’analyser à travers les vitrines des musées ou par livre interposé. Sylvie Lambert veut privilégier une véritable «archéologie du bijou contemporain !» On dit comme ça à la Sorbonne ! « Aujourd’hui, il me semble que la compréhension technique, c’est-à-dire le fait de partir des objets eux-mêmes, m’a fait d’une part sortir de la démarche historique et de l’interprétation et d’autre part comprendre plus objectivement l’enjeu véritable de ce type d’ouvrages assez surprenants» Une approche de terrain, donc, histoire de comprendre de quoi il est question avec ces objets : les matières, les assemblages, les finalités, les nouveautés en termes d’enfilage, de système d’ouverture et de fermeture, les incidences observables sur la tenue, le maintien, le port, la manipulation. L’auteur fait d’ailleurs régulièrement appel à une créatrice de bijoux pour la guider dans ce décryptage technique.

C’est aussi à travers l’observation méticuleuse, quasi-scientifique des collections des trois musées, à Paris, Londres et Pforzeim que Sylvie Lambert a pu dégager un certain nombre de problématiques ayant une incidence sur les matières utilisées, les procédés, les outils, les gestes, le tout générant des finalités esthétiques tout à fait nouvelles et intéressantes.

Une question intéressante posée dans les années 1970 par les bijoutiers de cette époque : comment fabriquer de la brillance ou de la transparence avec une matière qui n’est pas habituelle au domaine de la bijouterie ? Une bague en plexiglas percé à deux reprises pour un enfilage sur deux doigts. Une autre bague où le cristal de roche a été utilisé, non pas pour le chaton, mais en guise d’anneau !

Autres questions. Autres problématiques autour du bijou contemporain. Comment exploiter une matière naturelle, comme une graine, totalement étrangère au domaine du bijou ? Comment tirer parti d’une matière industrielle, le silicone, non habituelle à la bijouterie ? Comment expérimenter de nouvelles textures pour les métaux, par exemple, selon un polissage plus ou moins appuyé, avec des bains d’acide successifs afin d’obtenir un noircissement de la surface, avec une application d’émail à chaud ou à froid, etc…

Inventer aussi un système d’accrochage nouveau. Pour accrocher la broche présentée, on doit rapprocher le bijou du vêtement, puis le disposer à l’emplacement souhaité puis, par l’intérieur, enfoncer le cercle de caoutchouc. Ainsi «clippée» littéralement au tissu, la broche tient toute seule. Pour désolidariser l’objet du vêtement, il suffit de tirer sur le cordon de satin conçu à cet effet !

Accompagner le bijou par une manipulation particulière… Avant d’enfiler ces trois bagues, il est nécessaire de réaliser un certain nombre de gestes, prendre la boîte fermée, faire glisser les deux formes du coffret, pencher le socle, avant de libérer les bagues en argent… Même démarche avec ce collier de perles emprisonné dans la glycérine ! Pour libérer et enfiler le collier de perles emprisonné dans la glycérine agencée comme un pain de savon, il faut se laver les mains ! « Pour ces deux derniers exemples, on voit combien la manipulation prime sur l’objet final. On gagne en effet en conceptualisation des gestes à effectuer, mais on perd en originalité même du bijou : on se retrouve avec de simples anneaux d’argent ou un banal collier de perles. »

Manon van Kouswijk - pearls necklace in a soap - you get the necklace after washing hands ........ !Manon van Kouswijkcollier de perles emprisonné dans la glycérine ! Pour libérer et enfiler le collier de perles emprisonné dans la glycérine agencée comme un pain de savon, il faut se laver les mains

En effet, dans ce dernier cas, ce n’est plus le collier qui est intéressant, mais l’idée du savon de glycérine qui l’emprisonne ! Le bijou contemporain demeure donc apte à mettre en avant de nouvelles matières, toutes aussi surprenantes les unes que les autres : graines, matières industrielles, métaux, polystyrène expansé, coton, carton, fils… Ces bijoux présentent souvent une grande créativité, un design pertinent, de nouveaux états de surface, de nouvelles couleurs, des effets de teintes inédits, des dégradés inattendus, de nouvelles textures… La rupture volontaire est assumée. Les matières sont étrangères au domaine de la bijouterie, on est très loin des gestes de la tradition !

La rupture s’installe également avec les gestes et les techniques de la bijouterie, puisque les matières sont étrangères au domaine du bijou, on importe les techniques, les outils, les gestes liés à ces nouvelles matières ! On peut aussi chercher à appliquer à ces nouvelles matières les techniques tout à fait traditionnelles de la bijouterie. « Quoi qu’il en soit, toutes ces ruptures qui s’opèrent volontairement au fil de la fabrication, tous ces choix qui se font aux différentes étapes, toutes ces possibilités nouvelles offertes à la seule envie créative des bijoutiers ouvrent donc d’autant la voie à une expérimentation qui se révèle être totalement et absolument infinie. »

Quand un élément naturel ou industriel devient bijou

Le bijou contemporain, c’est probablement avant tout une pratique créative et innovante qui se traduit par une volonté d’expérimentation quasi systématique ! Un autre exemple caractéristique de ces bijoux contemporains est sûrement l’œuf de caille percé et ajusté sur du métal pour constituer une bague. Travail d’une délicatesse totale, on l’imagine, pour percer l’œuf sans le casser en mille morceaux ! «Mais percer quelque chose est en soi une technique tout à fait traditionnelle, vous en conviendrez. En fait ici, ce qui est pertinent, c’est d’avoir importé, dans le domaine du bijou, une matière qui, traditionnellement, n’en fait pas partie. D’ailleurs, on se rend vite compte, que c’est le fait d’avoir opté pour l’œuf de caille qui est intéressant ici et moins l’effet blanc craquelé produit au travers d’une forme ronde, tout compte fait, assez commune. En fait, ce qui me semble tout à fait intéressant ici pour cet objet, c’est de se dire… Bon sang mais oui…, c’est de l’œuf, c’est donc super fragile… Mais qu’est-ce que c’est osé d’avoir choisi un œuf et de l’avoir transformé en bague sans le casser ! Quel tour de force technique ! »

Gilles JONEMANN  bague oeuf
Gilles Jonemann bague oeuf de caille

Des vis en or qui relient un os de vache à une structure de métal. Cette broche qui utilise de manière originale un os animal est plutôt petite, mais elle a été rehaussée par tout un travail assez méticuleux du métal, travail qui la dote, après-coup d’un aspect finalement plutôt précieux. Mais c’est tout de même, l’importation d’un os de vache, matière vraiment peu banale pour la bijouterie, qui reste dans cette pièce, le fait plus marquant.

patricia lemaire- arche-du-temps
Patricia Lemaire – broche « arche-du-temps »

Autre bague étonnante, celle qui présente une pierre ponce retenue par une tige à une hauteur de 12,2 centimètres ! Autant dire que ce bijou n’est pas très pratique à porter ! Mais, la remarque est dérisoire, tant l’objet est surprenant, et c’est bien l’exploitation de la dimension qui est le critère le plus marquant !

Autres matières nouvelles et tout autant étonnantes : des écailles de poissons percées puis enfilées les unes à la suite des autres pour former un collier ! Un fil d’acier avec une perle d’arrêt au point stratégique de liaison, qui relie des fragments d’œuf d’émeu afin d’éviter le recours à un enfilage traditionnel. Pour résumer, une matière inhabituelle enfilée de manière inhabituelle ! Un bracelet composé de bambou et de topazes où les méthodes de la vannerie ont été transposées pour constituer la trame ! Ici, la transposition de la technique de la vannerie dans le domaine du bijou a permis la fabrication d’une structure évidée et ajourée à l’intérieur de laquelle les topazes se déplacent librement au gré des mouvements du porteur. On passe outre les techniques du sertissage !

Gilles JONEMANN collier oeuf d'emeu
Gilles Jonemann – collier oeuf d’emeu

Tina Chow Kyoto bracelet Tina Chow bamboo & crystal « Tokyo » bracelet

Quand un élément industriel devient bijou ! On découvre ici des assemblages surprenants ! Il s’agit de bois aggloméré coupé, taillé, percé, transformé en bague. Les matières sont collées les unes aux autres. Le collage est une technique d’assemblage, et avec ces matières nouvelles, comme le polystyrène expansé et les tubes chromés, cette technique permet d’obtenir un effet visuel contrasté et inhabituel, dû à la juxtaposition de matières d’origines différentes.

Anthony Roussel  - small wave ring
Anthony Roussel  – small wave ring

Eléments industriels et véritables métamorphoses de l’objet… On parle alors de «ready-made» ! Le terme est inventé par les dadaïstes, notamment Marcel Duchamp dans les années 1920 qui présente sa roue de bicyclette sur un tabouret ou son bidet, deux œuvres iconoclastes et très célèbres ! Ici, il s’agit de l’importation d’un objet déjà fabriqué dans le domaine du bijou, par exemple d’une chambre à air de brouette savamment découpée puis peinte en or ! Eléments issus de l’industrie et laissés quasiment tels quel : des goulots de bouteille enfilés les uns à la suite des autres ! Des ressorts transformés en collier et en bague ! Des pellicules photo enfilées également les unes à la suite des autres ! Une punaise qui devient une broche ! Un bouchon de lavabo qui a été moulé pour devenir une bague !

Bernhard Schobinger 1988Verena SIEBER-FUCHS- Collier 1997- pellicules photo
Bernhard Schobinger 1988
Verena Sieber-Fuchs- Collier 1997- pellicules photo

Mise en perspective

Evidemment, on peut se poser d’autres questions. Quand peut-on porter de tels bijoux ? «Avec le bijou contemporain, vous l’avez remarqué, il est nettement moins question de bague de fiançailles ou d’anneau nuptial, donc de bijoux qui mettent les acquéreurs et les porteurs dans l’état de fiancé, dans l’état de femme ou de mari. Ces bijoux se portent en revanche plus volontiers dans des occasions que l’on peut appeler de partenariat : c’est-à-dire soirées, dîners entre amis, vernissages d’exposition ; également pour aller à l’opéra, au théâtre, au cinéma… En somme, toutes ces fois où l’on n’a pas de rôle particulier à jouer» Envie de style. Envie de se différencier de son voisin également. De nouvelles perspectives sociologiques sans doute. On comprend mieux que le bijou contemporain est sans doute une grande affaire de style, ce qui explique cette multiplication de styles personnels et particuliers que l’on observe, d’une part chez les porteurs, d’autres part chez les fabricants eux-mêmes. Mais visiblement, avec ces objets expérimentaux, il semble aussi que l’on manque cruellement aujourd’hui de circonstances sociales qui en permettraient un port plus régulier : on n’est en effet pas tous les jours de la semaine de sortie, que ce soit au théâtre, à l’opéra, en soirée avec ses voisins et ses copains ou en train de visiter une exposition d’art ultra branchée.

Le bijou contemporain, c’est donc bien une problématique avant tout d’expérimentation et de rupture dans le fait de viser une originalité ou une transgression à tout prix et flirter parfois aussi avec la morale, l’exemple de ce collier en silicone tout à l’heure qui représentait les parties génitales masculines !

Cette manière d’envisager la création n’est pas strictement réservée aux bijoux, elle touche bien sûr des domaines très proches comme le vêtement et le design : «Côté vêtement, on observe exactement le même phénomène de rupture et d’expérimentation dès les années 1965 avec le couturier français Paco Rabane. Ici, il n’est plus question de fabriquer des robes avec du tissu, mais d’utiliser le métal en s’aidant d’une technique d’appareillage par anneau appartenant à la bijouterie. La trame se compose de petites surfaces de métal toutes bien similaires et assemblées par des anneaux. Il s’agit d’une robe tout en or, portée par Françoise Hardy en 1968, lors de l’une de ses prestations musicales. Vous avez remarqué le poids : 9 kilos !»

Il est tout de même important de savoir que le domaine du bijou contemporain passe quasiment inaperçu en France depuis son apparition dans les années 1960, au profit d’un style de bijoux issus de la haute joaillerie et de la bijouterie classiques. L’injuste désintérêt de la France pour les bijoux contemporains n’est heureusement pas le cas de nos voisins, Pays-Bas, Allemagne, Suisse, ou Italie exposent plus volontiers ces bijoux. «Question de culture ? Sans doute. Question d’éducation artistique ? Sans doute aussi… on peut dire que cet état de fait a pour seul effet positif de laisser ce domaine plutôt en friche, très peu exploité, sans de vraie théorie pour cerner de quoi il s’agit vraiment… » On mesure combien ce qui se fabrique pour le bijou contemporain semble définitivement tourner autour de la problématique d’une création expérimentale et inédite. On comprend d’autant mieux tout son intérêt en tant qu’œuvre d’art ! « Voici donc un bijou qui a quitté les enjeux autour de la valeur des substances et décadre les gestes traditionnels. Un bijou qui se fait donc moins investiture et plus œuvre artistique au travers d’une pleine et joyeuse expérimentation. Compte tenu de votre orientation plutôt côté métiers d’art, cette conférence avait pour seul et unique projet de vous faire découvrir toutes ces richesses qui existent autour de vous. Richesse dont vous pouvez à présent tirer parti (ou non) dans votre réflexion autour du bijou. »(conférence autour du bijou contemporain, avec Sylvie Lambert, dans le cadre du programme européen Comenius, et du projet «Quand la pierre brute devient bijou !» au LP Jean Guéhenno)

remerciements à Sylvie Lambert , et MERCI à l’équipe du journal « le Mur » du Lycée Jean Guéhenno, merci pour leur compte-rendu de conférence publié et diffusé, et que j’ai entièrement repris ici, dans le but de le diffuser encore et encore !
 
 
BOOK : Sylvie LAMBERT
« La bague,  parcours historique et symbolique »
book - la bague, parcours historique et symbolique - Sylvie lambert
 
 
  »trois musées, à Paris, Londres et Pforzeim » :
* Musée des Arts Décoratifs
107, rue de Rivoli
75001 Paris (FR)
Renseignements au 01 44 55 57 50
www.lesartsdecoratifs.fr
 
* Victoria & Albert Museum (V&A)
V&A South Kensington
Cromwell Road
London SW7 2RL (UK)
+44 (0)20 7942 2000
http://www.vam.ac.uk/index.html
 
*Schmuckmuseum  - Pforzeim
 Jahnstraße 42
im Reuchlinhaus
75173 Pforzheim (Allemagne)
Tél  +49 7231 39 2126
http://www.schmuckmuseum-pforzheim.de/flash/start.html
 

07/02/2010

Quelques idées de recherches …. / Some SEARCH suggestions …

Classé dans : Arek WOLSKI (PL),Non classé — bijoucontemporain @ 2:01

Hors les noms de créateurs, de galeries, d’expositions, etc …. parfois j’ai un « petit délire » …. :-)
Voici quelques-uns des thèmes de recherche (à taper avec les guillemets) :

(some suggestions of searches, other than on name, gallery, exhibition …. to type with the double quotes !)

Arek WolskiArek Wolski - brooch 2011

* les « PIEDS » …. hé oui ! quelques »portraits en pieds » de créateurs …. et les mains aussi : « HANDS … * « MAINS …. MANI …. MANOS …. »
* « ENVIRONNEMENT MODERNE« 
* need some medicine jewels  ? « Après les « alicaments », les « bijoucaments » ?« 
* « Concrètement, vous avez quoi ? » (bijoux en ciment/ jewelry with concrete)
*question/jewels with a HOLE : « BIJOUX with a HOLE …. » & « Des P’tits trous, encore des p’tits trous …. »
* « bien surveiller les/ses ARRIERES !!«  (behind ?)
* « Prier pour tous ces SEINS » …. (nipples’ jewelry)
* « «Cheveu un bijou !!!» hurle la Dame de Coeur » (HAIR jewelry…)
* « Enfoncer le CLOU » (jewelry with nails)
* « Dans 5 secondes votre bijou s’autodetruira …. » (vivre & laisser mourir ….autodesctruction)
* « se faire un FILM »
* « cochon«  (piggy …)
* « bijoux érotiques«  (erotica … AH !)
* « BANG BANG« 
* « La vie en rose«  (pinky)
* « ….. et plonger dans le grand BLEU !«  (got the BLUES !)
* la « ROUILLE«  (rusty things)
* « Allez ! DU GALET !«  (pebble jewelry)
* « CIGARETTES«  (smoke or not smoke ?)
* Pour les « bijoux-nourritures-terrestres » (« feeding » jewelry …) voir les articles :  « Ah le joli temps des colliers de pâtes !…« , « TOUT est bon dans le COCHON !!« , « MIAM ! des bijoux ! « , «avoir la PATATE»…..
* « Asian Menu« 
* « Nature Jewelry« 
* « la religion ??????« 
* « Nos amis les bêtes » ou « au poil !«  (animals fur)
* « atout coeur«  (heart)
* « FELT FELT FELT« 
* « BLANC BLANC BLANC«  (white)
* « ANATOMY » ou « CORPS en morceaux«  (body/anatomy)
* « COUP de … ROUGE«  (RED)
* « Flower Power« 
* « BLACK is BEAUTIFUL« 
* « Linge de maison«  (jewelry with linen)
* « Virus de la COMPARAISON« 
* « CACALAND«  (poo-land ….)
* « l’ECRITURE«  (writing …)
* « Avoir la PATATE«  (potatoes)
* « Bijoux empaquetés« 
* « Mon truc en PLUMES«  (feathers)
* « SOLITAIRE look« …………………. (not only diamonds …)
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